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COMMENTAIRE DU CREDO



    Article 9 : JE CROIS EN LA SAINTE ÉGLISE CATHOLIQUE.      Retour   Haut

  1. En l’homme , nous le savons , il y a une âme et un corps , et cependant ses membres sont divers. Pareillement , l’Eglise catholique constitue un corps unique et elle possède différents membres. Or l’âme qui vivifie ce corps de l’Eglise , c’est l’Esprit-Saint. C’est pourquoi , après avoir exprimé notre foi au Saint-Esprit , il nous est commandé de croire à la sainte Eglise Catholique , comme nous le voyons marqué dans le symbole. Il importe de le savoir , « église » signifie « assemblée ». C’est pourquoi la Sainte Eglise , c’est la même chose que l’assemblée des fidèles , et chaque chrétien est comme un membre de cette Eglise , dont il est dit ( Eccli. 51 , 31 )

    Approchez-vous de moi , ignorants , et réunissez-vous dans la maison de l’instruction. Or cette Eglise possède quatre qualités.
    A. Elle est une 126
    B. Elle est sainte. 131
    C. Elle est catholique , c’est-â-dire universelle. 137
    D. Elle est forte et ferme. 140

  2. A ) En premier lieu , l’Eglise est une. A ce sujet , il faut savoir que , bien que les divers hérétiques aient inventé diverses sectes , ils n’appartiennent pas cependant à l’Eglise , parce qu’ils sont divisés en parties. Mais l’Eglise , elle , est une. Comme le proclame le Cantique des Cantiques ( 6 , 8 ) : Une est ma colombe , ma parfaite.
    Or il y a trois causes , qui concourent à l’unité de l’Eglise.

  3. Premièrement , l’unité de la foi. Tous les chrétiens , en effet , qui appartiennent au corps de l’Eglise , croient aux mêmes vérités. Saint Paul dit aux Corinthiens ( 1 , t , 10 ) : Frères , ayez tous un même langage ; qu’il n’y ait pas de scission parmi vous. Et aux Ephésiens , il écrit ( 4 , 5 ) Il n’y a qu’un Dieu , une foi , un baptême.

  4. Deuxièmement , l’unité de l’espérance. Tous les chrétiens , en effet , ont été affermis dans la même espérance de parvenir à la vie éternelle. C’est pourquoi l’Apôtre , dans sa lettre aux Ephésiens , leur dit ( 4 , 4 ) : Il n’y a qu’un seul corps et un seul Esprit , puisque aussi bien vous avez été appelés , par votre vocation , à une même et unique espérance.

  5. Troisièmement , l’unité de la charité. Tous les chrétiens , en effet , sont unis dans l’amour de Dieu et dans un amour mutuel , qui les lie les uns aux autres. D’où la parole du Seigneur à son Père ( Jean 17 , 22 ) : Je leur ai donné la gloire que vous m’avez donnée , pour qu’ils soient un comme nous sommes un. Cet amour , s’il est véritable , se manifestera par la sollicitude mutuelle et la mutuelle compassion. L’Apôtre écrit en effet aux Ephésiens ( 4 , 15-16 ) : Par la charité , croissons en toutes choses dans Jésus-Christ » qui est notre tête ; c’est de lui que tout le corps , dont les parties sont jointes et unies ensemble avec une si juste proportion , reçoit , par tous les vaisseaux et toutes les liaisons qui portent l’esprit et la vie , l’accroissement qu’il lui communique , par l’efficace de son influence , selon la mesure qui est propre à chaque membre , afin qu’il se forme ainsi et s’édifie par la charité. Chacun , en effet , doit se mettre au service de son prochain au moyen de la grâce que Dieu lui a conférée.

  6. C’est pourquoi nul ne doit , ni regarder pour indifférent , ni souffrir d’être rejeté et repoussé par cette Eglise. Car il n’y a qu’une Eglise en laquelle les hommes soient sauvés , de même qu’en dehors de l’arche de Noé aucun être vivant ne put trouver le salut ( 7 ).

  7. B ) Venons-en à la deuxième qualité de l’Eglise : la sainteté. On sait qu’il existe aussi une autre assemblée , mais elle est composée des méchants. C’est d’elle que le Psalmiste ( Ps. 25 , 5 ) dit : Je hais l’Eglise des pervers. Celle-ci est donc mauvaise. Mais l’Eglise du Christ est sainte. L’Apôtre écrit en effet aux Corinthiens ( I ép. 3 , 17 ) : Le temple de Dieu est saint , et c’est vous qut êtes ce temple. C’est pourquoi dans le symbole des Apôtres , nous disons : Je crois en la sainte Eglise. Les fidèles de cette assemblée sainte sont sanctifiés par trois réalités : le sang du Christ , la grâce du Saint-Esprit , l’habitation en eux de la Trinité , et même par une quatrième , l’invocation de Dieu.    Retour   Haut

  8. En premier lieu , de même en effet qu’une église , lors de sa consécration , est lavée matériellement , de même également les fidèles ont été lavés dans le sang du Christ. Il est dit en effet dans l’Apocalypse ( 1 , 5 ) : Il nous a aimés et tous nous a lavés de nos péchés dans son sang. Et saint Paul écrit aux Hébreux ( 13 , 12 ) Jésus voulant sanctifier le peuple par Son propre sang a souffert hors de la porte de la ville.

  9. En second lieu , de même qu’une église , dans la cérémonie de sa consécration , est ointe d’huile , de même les fidèles sont oints d’une onction spirituelle pour être sanctifiés ; autrement ils ne seraient pas des chrétiens. Christ en effet ne signifie pas autre chose que « oint ». Or cette onction , c’est la grâce du Saint-Esprit. L’Apôtre écrit en effet aux Corinthiens ( Il ép. 1 , 21 ) Celui qui nous a oints , c’est Dieu même ; et ( I ép. 6 , 11 ) : Vous avez été sanctifiés , au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ.

  10. En troisième lieu , les fidèles sont sanctifiés par l’habitation en eux de la Sainte Trinité. Car quel que soit le lieu où Dieu habite , du fait qu’il y habite , ce lieu est saint. D’où l’exclamation de Jacob dans la Genèse ( 28 , 16 ) : Vraiment ce lieu est saint. Et de son côté le Psalmiste dit à Dieu ( Ps. 92 , 5 ) : La sainteté convient à votre maison.

  11. En quatrième lieu , les fidèles de l’Eglise sont sanctifiés par l’invocation de Dieu. Jérémie adresse en effet au Seigneur ces paroles ( 14 , 9 ) : Seigneur , tu habites au milieu de nous ; ton nom a été invoqué sur nous.

  12. Après une pareille sanctification de notre âme , il faut bien prendre garde de ne pas la souiller par le péché , car elle est le temple de Dieu. L’Apôtre écrit en effet aux Corinthiens ( I ép. 3 , 17 ) : Si quelqu’un profane le temple de Dieu , Dieu le perdra.

  13. C ) La troisième note de l’Eglise est sa catholicité , c’est-â-dire son universalité.
    L’Eglise est universelle - premièrement quant au lieu ;
    car , contrairement à la croyance des Donatistes , elle est répandue dans le monde entier. L’Apôtre écrit en effet aux Romains ( 1 , 8 ) : Votre foi est célébrée dans le monde entier. Et Jésus , avant de monter au ciel , dit aux onze Apôtres ( Marc 16 , 15 ) : Allez dans le monde entier , prêchez l’Evangile à toutes les créatures. C’est pourquoi Dieu , qui dans l’antiquité était connu seulement en Judée , l’est maintenant dans le monde entier. - Or cette Eglise du Christ comprend trois parties. L’une est sur la terre , une autre au ciel , la troisième au purgatoire.

  14. Deuxièmement - elle est universelle quant à la condition des hommes qui la composent , parce que personne n’en est rejeté , ni le maître , ni l’esclave , ni l’homme , ni la femme. Saint Paul écrit en effet aux Galates ( 3 , 28 ) il n’y a plus maintenant ni de Juif ni de Gentil , ni d’esclave ni d’homme libre , ni d’homme ni de femme; mais vous n’êtes tous qu’un en Jésus-Christ.

  15. Troisièmement - L’Eglise est universelle quant au temps. Il y eut des hommes , qui affirmèrent au contraire : l’Eglise ne doit durer qu’un temps. Ce en quoi ils sont dans l’erreur ; car cette Eglise a commencé du temps d’Abel , et elle durera jusqu’â la fin du monde. Jésus en effet , avant de remonter au ciel , dit à ses disciples ( Mt. 28 , 20 ) : Voici que moi , je vais être avec vous toujours jusqu’â la fin du monde. Et après la consommation des siècles , son Eglise demeurera dans le ciel éternellement.

  16. D ) La quatrième note de l’Eglise est sa fermeté inébranlable. En premier lieu , une maison est solide , si elle possède de bons fondements. Or le principal fondement de l’Eglise , c’est le Christ. L’Apôtre écrit en effet aux Corinthiens ( I ép. 3 , 11 ) : Personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé : Jésus-Christ. Et c’est aussi pour signifier la solidité de cette Eglise que Pierre a été nommé son chef suprême.


  17. En second lieu , la preuve de la solidité d’une maison , c’est qu’elle ne peut être renversée , si on l’ébranle.
    Or jamais l’Eglise n’a pu être détruite.
    - ni par les persécuteurs ; au contraire , pendant le temps des persécutions , elle s’est développée , tandis que ses persécuteurs et ceux contre qui elle luttait succombaient , conformément à la parole de Jésus ( Mt , 21 , 44 ) : Celui qui tombera sur cette pierre s’y brisera et celui sur qui elle tombera , elle l’écrasera.
    - ni par les erreurs. Bien au contraire , plus celles-ci se présentèrent en grand nombre , plus la vérité fut manifestée.  Ecrivant à son  disciple Timothée , l’Apôtre lui dit ( 2 Tim. 3 , 8 ) : Ce sont des gens à l’esprit corrompu , pervertis dans leur foi , mais leur progrès  aura ses bornes.  
    -  ni par les tentations des démons. L’Eglise en effet est comme une tour , vers laquelle on court pour se réfugier , quand on a à  combattre contre le diable. L’Eglise est un abri très solide , comme le nom du Seigneur , dont il est dit dans les Proverbes ( 18 ,  10 ) : Le nom du Seigneur est une tour extrêmement forte. C’est pourquoi le diable dirige ses efforts principaux vers la destruction  de l’Eglise , mais il ne l’emporte pas sur elle , parce que le Seigneur a dit ( ML 16 , 18 ) : Les portes de l’enfer ne pourront rien  contre Elle. C’est comme s’il lui avait dit : ils te feront la guerre mais ils ne l’emporteront pas   ( Jérémie 15 , 20 ).

    Elle possède pour fondement secondaire les Apôtres et leur doctrine. C’est pourquoi l’Eglise est solide et ferme. Saint Jean écrit en effet dans l’Apocalypse ( 21 , 1. 4 ) que la cité sainte avait douze fondements , et sur eux douze noms , à savoir les noms de douze Apôtres. C’est pourquoi l’église est appelée apostolique. Voilâ pourquoi seule l’Eglise de saint Pierre , qui eut en partage l’Italie toute entière , lorsque les disciples furent envoyés pour prêcher dans d’autres régions , voilâ pourquoi cette Eglise seule demeura toujours ferme dans la foi. Et tandis que dans les autres parties du monde , ou bien la foi est inexistante , ou bien elle est mêlée de beaucoup d’erreurs , l’Eglise de Pierre , elle , est forte dans la foi et demeure pure de toute erreur. 1. 1 Il n’y a lâ rien d’étonnant , étant donné que le Seigneur a dit à Pierre ( Luc 22 , 32 ) : J’ai prié pour toi , Pierre , afin que ta foi ne défaille pas.


  18. Article 10 : JE CROIS A LA COMMUNION DES SAINTS , A LA RÉMISSION DES PÉCHÉS.      Retour   Haut

  19. Comme dans le corps de l’homme ou celui de l’animal l’action d’un membre profite au bien de tout le corps , il en est de même dans ce corps spirituel qu’est l’Eglise. Et comme tous les fidèles forment un seul corps , le bien de l’un est communiqué à l’autre. Saint Paul écrit aux Romains ( 12 , 5 ) Nous sommes tous membres les uns des autres. C’est pourquoi , parmi les articles de foi que les Apôtres nous ont enseignés , se trouve celui-lâ : Il y a dans l’Eglise , entre les fidèles , communion des biens ; c’est ce qu’on appelle La communion des saints.

  20. Mais parmi les membres de I’Eglise , le membre principal est le Christ , parce qu’il en est la tête. L’Apôtre écrit aux Ephésiens ( 1 , 22-23 ) Dieu l’a donné pour tête à toute l’Eglise , qui est son corps. Les biens et les richesses du Christ Jésus sont donc communiqués à tous les chrétiens , comme la vertu et les énergies de la tête le sont à tous les membres du corps. Et cette communication s’effectue par les sacrements de l’Eglise , dans lesquels agit la vertu de la passion du Christ et elle y agit pour conférer la grâce en vue de remettre les péchés.

  21. Ces sacrements de l’Eglise sont au nombre de sept.
    Le premier est le Baptême ,
    qui est une seconde naissance , qui est spirituelle. Comme l’homme , en effet , ne peut pas posséder la vie charnelle s’il ne naît pas charnellement , de même il ne peut pas posséder la vie spirituelle , qui est la vie de la grâce , s’il ne renaît pas spirituellement. Or cette régénération s’opère par le baptême. Le Seigneur Jésus , en effet , a dit à Nicodème ( Jn. 3 , 5 ) Personne , à moins de renaître de l’eau et de l’Esprit , ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Et il faut savoir que , comme l’homme ne naît qu’une fois , de même il ne peut être baptisé qu’une fois. C’est pourquoi les Saints Pères ajoutèrent dans leur symbole : « Je confesse qu’il y a un seul baptême. » Le baptême , en effet , a la vertu de purifier de tous les péchés et quant à la faute , et quant à la peine. C’est pourquoi aucune pénitence n’est imposée aux baptisés , si grands pécheurs qu’ils aient été ; et s’ils meurent aussitôt après leur baptême , ils s’envolent immédiatement dans la vie éternelle. C’est pourquoi aussi , s’il appartient aux prêtres seuls de baptiser , en vertu de leur charge , cependant , en cas de nécessité , n’importe quelle personne peut baptiser , à la condition toutefois de garder la forme du baptême , qui consiste dans ces paroles : « Je te baptise au nom du Père , et du Fils et du Saint-Esprit ». Ce sacrement tire son efficacité de la passion du Christ. L’Apôtre écrit en effet aux Romains ( 6 , 3 ) : Nous tous , qui avons été baptisés en Jésus-Christ , nous avons été baptisés en sa mort. C’est pourquoi , comme le Christ est demeuré trois jours dans le tombeau , de même il se fait une triple immersion dans l’eau.

  22. Le second sacrement est la Confirmation.
    Comme les enfants qui naissent ont besoin de force pour pouvoir agir , pareillement , à ceux qui naissent â la vie spirituelle , la force du Saint-Esprit est indispensable. C’est pourquoi les Apôtres , afin d’être rendus forts , reçurent l’Esprit-Saint après l’Ascension du Christ. Jésus leur avait dit en effet ( Luc 24 , 49 ) : Demeurez dans la ville de Jérusalem , jusqu’â ce que vous soyez revêtus de la Force d’en-haut. Or cette force est conférée dans le sacrement de confirmation. C’est pourquoi les personnes qui ont la charge des enfants doivent avoir très à coeur de les faire confirmer : parce que dans la confirmation on reçoit une grande grâce ; c’est pourquoi , si le confirmé meurt , il aura une gloire plus grande que le non-confirmé , parce qu’il aura possédé une grâce plus abondante.

  23. Le troisième sacrement est l’Eucharistie.
    De même que l’homme , dans sa vie corporelle , après sa naissance et après avoir pris des forces , a besoin de nourriture pour conserver et sustenter cette vie , de même , dans sa vie spirituelle , après avoir reçu la force , il a besoin de cette nourriture spirituelle. , qui est le corps du Christ. Jésus dit en effet â ses disciples ( Jn. 6 , 54 ) : Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez son sang , vous n’aurez pas la vie en vous. C’est pourquoi , d’après le commandement de l’Eglise , chaque chrétien est tenu de recevoir au moins une fois l’an le corps de Jésus-Christ , et ce , dignement et avec pureté de coeur parce que , comme l’écrit l’Apôtre ( 1 Cor. 11 , 29 ) : Quiconque mange et boit indignement le corps et le sang du Seigneur , c’est-â-dire celui qui les reçoit en ayant conscience d’un péché mortel , dont il ne s’est pas confessé ou qu’il n’a pas l’intention de ne plus commettre , celui-lâ mange et boit sa propre condamnation.

  24. Le quatrième sacrement est la Pénitence.
    Il arrive au plan de la vie corporelle qu’un homme tombe malade et , s’il ne prend pas les remèdes appropriés , qu’il en meurt. De même , l’homme , dans sa vie spirituelle , peut devenir malade par le péché. C’est pourquoi il a besoin d’un remède pour recouvrer la santé ; et ce remède , c’est la grâce qui lui est conférée par le sacrement de pénitence. Le psalmiste chante dans le Psaume 102 ( v. 3 ) : Dieu pardonne toutes tes fautes et il guérit toutes tes maladies. Dans le sacrement de pénitence , trois actes sont requis de la part du pénitent , à savoir : la contrition , qui est une douleur du péché commis avec la résolution de s’en abstenir; la confession entière de ses péchés ; et la satisfaction qui consiste dans des bonnes oeuvres.

  25. Le cinquième sacrement est l’Extrême Onction.
    Dans la vie d’ici-bas , l’homme rencontre beaucoup d’obstacles qui l’empêchent de se purifier parfaitement de ses péchés. Et parce que personne ne peut entrer dans la vie éternelle s’il n’est pas entièrement purifié , il a fallu un autre sacrement , par lequel l’homme soit complètement purifié de ses péchés , délivré de son infirmité et préparé à entrer dans le royaume céleste; et ce sacrement est celui de l’Extrême Onction. Mais s’il ne guérit pas toujours corporellement le malade , cela vient de ce que le prolongement de sa vie n’eut peut-être pas été expédient pour le salut de son âme. Voici l’enseignement de saint Jacques concernant se sacrement ( 5 , 14-15 ) Quelqu’un parmi vous est-il malade ? Qu’il appelle les prêtres de l’Eglise et qu’ils prient sur lui , l’oignant d’huile au nom du Seigneur. Et la prière de la foi sauvera le malade , le Seigneur le soulagera ; et s’il a commis des péchés , ils lui seront remis.

  26. Ce que nous venons de dire des cinq premiers sacrements montre que , grâce à eux , nous obtenons la plénitude de la vie de la grâce. Mais comme il est nécessaire que ces sacrements nous soient conférés par des ministres déterminés , il a été également nécessaire que fût institué le sacrement de l’Ordre , par lequel ces cinq sacrements nous seraient dispensés. Il ne faut pas considérer la vie des ministres qui confèrent les sacrements , si parfois ils tombent dans le péché , mais bien la puissance du Christ , de laquelle les sacrements tirent leur efficacité , ces sacrements dont eux-mêmes sont les dispensateurs. L’Apôtre écrit en effet aux Corinthiens ( 1 ép. 4 , 1 ) Que les hommes nous regardent comme les ministres du Christ et comme les dispensateurs des mystères de Dieu. Ce sixième sacrement est celui de l’Ordre.

  27. Le septième est le Mariage.
    Si les hommes vivent dans le mariage avec pureté , ils sont sauvés et ils peuvent passer leur vie sans pécher mortellement. Les époux tombent parfois dans le péché véniel , quand leur concupiscence ne se porte pas en dehors des biens du mariage ; s’il en était autrement , ils pécheraient mortellement.

  28. Par ces sept sacrements , nous recevons la rémission de nos péchés.
    C’est pourquoi , dans le symbole des Apôtres , aussitôt après avoir dit ...
    « Je crois à la communion des Saints » ,
    nous ajoutons ... « Je crois à la rémission des péchés ».

  29. Aussi il a été donné aux Apôtres de remettre les péchés. C’est pourquoi il faut croire que les ministres de l’Eglise , auxquels les Apôtres ont transmis les pouvoirs qu’ils avaient reçus du Christ , possèdent dans l’Eglise la puissance de lier et de délier et que , dans l’Eglise , le pouvoir de remettre les péchés est plein et entier , mais s’exerce par degrés , c’est-â-dire en partant du Pape , pour se communiquer aux autres prélats.

  30. Il importe aussi de savoir que non seulement la vertu de la passion du Christ nous est communiquée , mats aussi le mérite de sa vie. Et tous ceux qui vivent dans la charité entrent également en communication de tout ce que les saints ont opéré de bien , parce que tous ceux qui ont la charité , qu’ils soient en ce monde ou dans l’autre , tous sont un. Le Psalmiste dit en effet ( Ps. 118 , 63 ) J’entre en participation , Seigneur , des biens de tous ceux qui te craignent. C’est pourquoi celui qui vit dans la charité participe â tout le bien qui se fait dans le monde entier. Mais ceux pour lesquels un bien est accompli de façon plus spéciale ont part à ce bien de façon plus spéciale. Une personne en effet peut satisfaire pour une autre , comme il parait dans ce fait que de nombreuses congrégations religieuses admettent certaines personnes à avoir part à leurs biens spirituels.

  31. Ainsi donc , par cette communion , nous obtenons deux biens : le premier est que tous ont part au mérite du Christ et le second est que le bienfait par une personne est communiqué aux autres. C’est pourquoi les excommuniés , parce qu’ils sont en dehors de l’Eglise , n’ont aucune part au bien qui s’accomplit en elle ; ce qui est pour eux une perte beaucoup plus grande que la perte d’un bien temporel , si grand soit-il. Les excommuniés courent également un autre péril : il est hors de doute que ce genre de communication des bienfaits spirituels empêche le diable de pouvoir nous tenter. C’est pourquoi le diable triomphe plus facilement de ceux que l’excommunication prive de ces suffrages et c’est aussi la raison pour laquelle dans la primitive Eglise , lorsque quelqu’un était excommunié , aussitôt le diable le tourmentait corporellement.


  32. Article 11 : JE CROIS A LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR.      Retour   Haut

  33. Non seulement l’Esprit-Saint sanctifie les âmes de ceux qui appartiennent à l’Eglise , mais de plus par sa puissance il ressuscitera leurs corps. Saint Paul écrit en effet aux Romains ( 4 , 24 ) Nous croyons en celui qui a ressuscité des morts Jésus , Notre Seigneur ; et aux Corinthiens il dit ( 1 ép. 15 , 21 ) : La mort étant venue par un homme , c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. Nous croyons donc , d’après notre foi , à la résurrection future des morts.

  34. Au sujet de cette résurrection future de nos corps , il y a lieu de considérer :
    1° - Quels sont les avantages que nous apporte la foi en la résurrection.
    2° - Quelles seront les qualités que posséderont les corps de tous les ressuscités , bons ou mauvais.
    3° - Quelles seront celles des bons.
    4° - Quelles seront celles des mauvais.

  35. 1° - Notre foi et notre espérance en la résurrection nous apportent quatre biens.
    Premièrement , elles font disparaître la tristesse que nous causent les morts. Il est en effet impossible qu’un homme n’éprouve pas de la douleur à la mort d’un être cher. Mais l’espérance qu’il a de sa résurrection tempère beaucoup la douleur que lui cause sa mort. L’apôtre écrit en effet aux Thessaloniciens ( 1 ép. 4 , 13 ) : Nous ne voulons pas , mes frères , vous laisser dans l’ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis , afin que vous ne vous attristiez pas comme font les autres hommes , qui n’ont pas d’espérance.

  36. Deuxièmement , notre foi et notre espérance en la résurrection font disparaître notre crainte de la mort. Si l’homme en effet n’espérait pas après sa mort posséder une vie meilleure que la vie présente , sans aucun doute il devrait craindre beaucoup la mort et plutôt que de l’encourir accomplir n’importe quel mal. Mais parce que nous croyons à l’existence d’une autre vie meilleure , à laquelle nous parviendrons après la mort , il est évident que nul d’entre nous ne doit redouter la mort ou accomplir quelque mauvaise action pour l’éviter. L’Apôtre écrit en effet aux Hébreux ( 2 , 14-15 ) : Jésus a lui aussi pris une nature toute semblable à la nôtre , afin de détruire par sa mort celui qui avait l’empire de la mort , c’est-â-dire le diable , et de délivrer ceux que la crainte de la mort vouait toute leur vie â la servitude.

  37. Troisièmement , notre foi et notre espérance en la résurrection nous rendent attentifs et zélés à faire le bien. Si la vie de l’homme en effet se bornait à la vie présente , les hommes n’apporteraient pas une grande application à agir , parce que tout ce qu’ils feraient serait bien peu de chose , comparé à leur désir , qui , lui , ne se borne pas à un bien déterminé , pour un temps limité , mais s’étend à l’éternité. Au contraire nous croyons fermement que , grâce à nos actions d’ici-bas , nous recevrons , à la résurrection , les biens éternels ; aussi sommes-nous zélés à accomplir le bien. Si nous n’avions d’espérance en Jésus-Christ que pour cette vie , disait l’Apôtre. ( 1 Cor. 15 , 19 ) , nous serions les plus misérables de tous les hommes.

  38. Quatrièmement , la foi et l’espérance en la résurrection nous détournent du mal. Comme en effet l’espoir de la récompense nous incite à faire le bien , pareillement la crainte de la peine , que nous croyons être réservée aux méchants , nous détourne du mal. Nous savons en effet que Jésus-Christ a dit aux Juifs ( Jn. 5 , 29 ) Ceux qui auront fait le bien sortiront des tombeaux pour une résurrection de vie ; mais ceux qui auront fait le mal , pour une résurrection de condamnation.

  39. 2° - Il y a quatre qualités , ou manières d’être , communes aux corps de tous les ressuscités bons ou mauvais.

    La première est l’identité des corps qui ressusciteront , parce que c’est ce corps qui existe maintenant , c’est lui qui ressuscitera avec sa chair et ses os , contrairement à ce qu’affirment faussement certains ; ils disent en effet : Ce corps , qui actuellement se corrompt , ne ressuscitera pas. Ce qui est opposé à l’enseignement de l’Apôtre ( 1 Cor. 15 , 53 ) : Il faut que cet être corruptible revête l’incorruptibilité. Et l’Ecriture-Sainte affirme que par la puissance de Dieu c’est le même corps qui reviendra à la vie. Job déclare à ses amis ( 19 , 26 ) : Je sais qu’au dernier jour , je me relèverai de la terre , et de nouveau je serai recouvert de ma peau , et dans ma chair je verrai mon Dieu.

  40. La seconde condition regardera la qualité : les corps , à la résurrection , seront d’une autre qualité que maintenant. Tous , bienheureux et méchants , auront des corps incorruptibles , car les bons seront dans une gloire éternelle et les méchants toujours dans leurs tourments. Il faut que cet être corruptible revête l’incorruptibilité et cet être mortel l’immortalité ( 1 Cor. 15 , 53 ). Et parce que leurs corps seront incorruptibles et immortels , bons et méchants ne prendront plus de nourriture et il n’y aura plus d’union entre les sexes. Jésus en effet a dit aux Sadducéens ( Mt. 22 , 30 ) : A la résurrection , on ne prendra ni femme ni mari ; mais on sera comme les Anges de Dieu dans le ciel , contrairement à ce que pensent les Juifs et les Sarrazins.
    Job disait ( 7 , 10 ) : Celui qui est descendu aux enfers ne reviendra plus dans sa maison.

  41. En troisième lieu , l’état des corps ressuscités sera un état d’intégrité ; tous , bons et mauvais , ressusciteront avec toute l’intégrité qui appartient à la perfection de la nature humaine; il n’y aura en effet parmi eux , ni aveugle , ni boiteux , ni aucun infirme. C’est ce qu’e dit l’Apôtre aux Corinthiens ( 15 , 52 ) : les morts ressusciteront incorruptibles , c’est-â-dire qu’ils ne pourront plus subir les corruptions actuelles.

  42. En quatrième lieu , les corps de tous , a leur résurrection , auront l’âge de trente-deux ou trente-trois ans , qui est l’âge parfait. La raison en est que ceux qui n’y sont pas encore parvenus n’ont pas atteint l’âge parfait et que les vieillards s’en sont déjâ éloignés. C’est pourquoi , à la résurrection , aux jeunes gens et aux enfants il sera donné ce qui leur manque pour atteindre à cette plénitude , et aux vieillards il sera rendu ce qu’ils en ont perdu. L’Apôtre écrit en effet aux éphésiens ( 4 , 13 ) : que nous devons tous parvenir à l’état d’homme parfait , à la mesure de l’âge qui réalise la plénitude du Christ.

  43. 3° - Les corps ressuscités des bons possèderont une gloire spéciale.
    Ces corps glorifiés des saints posséderont , en effet , quatre qualités.

    La première est la clarté. Jésus-Christ a dit à ses disciples ( Mt. 13 , 43 ) :
    A la fin du monde , les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père.
    La seconde est l’impassibilité. L’Apôtre écrit aux Corinthiens ( 1 ép. 15 , 43 ) : On sème ( le corps ) dans l’ignominie , il ressuscitera dans la gloire : et , dans l’Apocalypse ( 21 , 4 ) , nous lisons , qu’il fut dit à saint Jean : Dieu essuiera toute larme des yeux de ses élus; il n’y aura plus de mort , il n’y aura plus ni deuil , ni gémissement , ni douleur , parce le premier état sera passé.
    La troisième qualité du corps des élus sera l’agilité. Il est écrit en effet au livre de la Sagesse ( 3 , 7 ):
    Les justes seront resplendissants ; ils courront comme des étincelles à travers un champ de roseaux.
    La quatrième est la subtilité. Saint Paul écrit en effet aux Corinthiens. ( 1 ép. 15 , 44 ) : On sème un corps animal , il ressuscitera un corps spirituel , non qu’il soit désormais entièrement esprit , mais parce qu’il sera totalement soumis à l’esprit.

  44. 4° - L’état des corps des damnés sera contraire à l’état du corps des bienheureux. Ils seront en effet soumis à une peine éternelle impliquant quatre aspects qui les feront souffrir. Leurs corps , en effet , seront noirs et leurs visages entièrement brûlés ( cf. Is. 13 , 8 ). En second lieu , leurs corps seront passibles , bien qu’éternellement incorruptibles. Ils brûleront en effet toujours dans le feu , mais ne se consumeront jamais. Les vers , qui les rongeront , dit Isaîe ( 66 , 24 ) , ne mourront pas , et le feu , qui les torturera , ne s’éteindra pas. En troisième lieu , leurs corps seront pesants car leurs âmes seront comme enchaînées à leurs Corps. En dernier lieu , leurs âmes et leurs corps seront , d’une certaine manière , charnelles. Et il est permis de leur appliquer cette parole de Joèl ( 1 , 17 ) : Les bêtes de somme pourriront dans leurs ordures.


  45. Article 12 : JE CROIS À LA VIE ÉTERNELLE. AMEN.      Retour   Haut

  46. Il est très convenable que le Symbole des vérités que nous devons croire se termine par ces mots : « Je crois à la vie éternelle » , puisque aussi bien la vie éternelle est la fin et le terme de tous nos désirs. Ceux-lâ s’opposent à cette croyance à la vie éternelle , qui disent que l’âme meurt en même temps que le corps. Si cela était vrai , la condition de l’homme serait la même que celle des bêtes. A ces hommes , qui ne croient pas à la survie de l’âme , conviennent parfaitement ces paroles du Psalmiste ( Ps. 48 , 21 ) : L’homme , tandis qu’il était en honneur , ne l’a pas compris ; il a été comparé aux bêtes qui n’ont aucune raison ; et il leur est devenu semblable. L’immortalité , en effet , rend l’âme humaine semblable à Dieu ; mais ses facultés sensibles la font ressembler aux bêtes. Donc lorsque quelqu’un croit que l’âme meurt avec le corps , il s’éloigne de la ressemblance de Dieu et devient semblable aux animaux. Il est du nombre de ceux dont il est dit au livre de la Sagesse ( 2 , 22-23 ) : Ils n’ont pas cru qu’il y eut de récompense à espérer pour les justes , et ils n’ont fait nul étal de la gloire qui est réservée aux âmes saintes. Car Dieu a créé l’homme immortel; il l’a fait pour être une image qui lui ressemblât.

  47. Il faut premièrement considérer , dans cet article de foi , quel genre de vie est la vie éternelle. a ) Or il convient de savoir , qu’elle consiste , en premier lieu , dans l’union de l’homme avec Dieu. Dieu lui-même , en effet , est la récompense et la fin de tous nos labeurs , comme il le dit un jour à Abraham , ( Gen. 15 , 1 ) : Moi le Seigneur , je suis ton protecteur , et ta récompense infiniment grande. Cette union de l’homme à Dieu consiste dans une parfaite vision. L’Apôtre écrit en effet aux Corinthiens ( 1 ép. 13 , 12 ) : Nous ne voyons maintenant que comme en un miroir , et en énigme ; mais alors nous verrons Dieu face à face. Cette union consiste également dans la louange la plus grande que l’homme puisse adresser à Dieu. Saint Augustin écrit au livre 22 de la « Cité de Dieu » que nous verrons , aimerons et louerons Dieu ; et Isaîe écrit au sujet de Sion ces paroles ( 51 , 3 ) , que l’on peut appliquer à la vie des élus au ciel : On y trouvera la joie et l’allégresse , les actions de grâces et des chants de louange.

  48. b ) La vie éternelle consiste , en second lieu , dans le parfait rassasiement des désirs de l’homme. Chacun des bienheureux , en effet , possédera au ciel bien au-delâ de ce qu’il aura désiré et espéré ici-bas. La raison en est , que personne ne peut , en cette vie , satisfaire pleinement ses désirs ; jamais aucune chose créée ne les comble. Dieu seul en effet peut les rassasier totalement et même il les surpasse infiniment. C’est pourquoi l’homme ne trouve de repos qu’en Dieu conformément à ces paroles de saint Augustin ( Conf. liv. 1 ) : « Vous nous avez fait pour vous , Seigneur , et notre coeur est inquiet jusqu’â ce qu’il se repose en vous ». Les saints dans la patrie possèderont Dieu parfaitement , aussi leurs désirs seront-ils entièrement rassasiés et leur gloire même surpassera toutes leurs aspirations. Le Seigneur dit ( Mt 25 , 21 ) Bon et fidèle serviteur , entre dans la joie de ton maître. Et saint Augustin explique ainsi cette parole du Seigneur : « Toute la joie du Seigneur n’entrera pas dans ceux qui se réjouiront , mais eux entreront tout entiers dans la joie ». Ce qui fait dire au Psalmiste ( Ps. 16 , 15 ) Je serai rassasié , lorsque apparaîtra votre gloire ; et ( 102 , 5 ) : C’est le Seigneur qui remplit votre désir , en vous comblant de biens.

  49. Absolument tout ce qui est délectable se trouve surabondamment dans la vie éternelle. Recherche-t-on en effet les jouissances ? Lâ , on goûtera les jouissances les plus parfaites , les délectations les plus hautes , parce qu’elles auront pour objet le Souverain Bien , c’est-â-dire Dieu. Nous lisons dans le livre de Job ( 22 , 26 ) : Alors tu mettras tes délices dans le Tout-Puissant ; et le Psalmiste , dans sa prière , dit à Dieu ( Ps. 15 , 11 ) : Des délices seront éternellement à votre droite. Pareillement , si vous désirez les honneurs , lâ vous les posséderez tous. Les hommes , en effet , lorsqu’ils sont laîcs , aspirent principalement à être rois ; et , s’ils sont clercs , ils souhaitent devenir évêques. Or , dans la vie éternelle , on possédera ces deux dignités : Tu as fait de nous des rois et des prêtres pour notre Dieu ( Apoc. 5 , 10 ). Et au livre de la Sagesse ( 5 , 5 ) , il est dit des justes , après leur mort : Les voilâ élevés au rang des enfants de Dieu. De même , désirez-vous la science , lâ , vous la posséderez avec la plus entière perfection ; en effet nous connaîtrons alors la nature de toutes choses et toute vérité ; nous n’ignorerons rien de ce que nous voudrons savoir; et tout ce que nous voulons actuellement posséder , nous le posséderons au ciel , avec cette vie éternelle. Salomon dit en effet ( Sag. 7 , 11 ) : Tous les biens me viendront avec la Sagesse ; et dans les Proverbes ( 10 , 24 ) , nous lisons : Les Justes obtiendront ce qu’ils désirent.

  50. c ) En troisième lieu , la vie éternelle consiste dans une sécurité parfaite. Dans ce monde , en effet , il n’y a pas de parfaite sécurité , car plus on possède de richesses et plus on est élevé en dignité , plus on a de sujets de crainte , plus aussi on éprouve de besoins. Mais , dans la vie éternelle , il n’y aura ni tristesse , ni labeur , ni crainte. Ce que les Proverbes , en effet , ( 1 , 33 ) disent de celui qui écoute la Sagesse , à savoir qu’il reposera en assurance et jouira d’une abondance de biens sans craindre aucun mal , se vérifiera alors en chacun des élus.

  51. d ) En quatrième lieu , la vie éternelle consiste dans la société pleine de charmes de tous les bienheureux. Les délices de cette société seront extrêmes. Chaque élu , en effet , possédera , avec les autres bienheureux , tous les biens ; car il aimera chacun des bienheureux comme lui-même ; c’est pourquoi. il se réjouira du bien des autres comme de son bien propre. Aussi l’allégresse et la joie de tous les élus s’augmenteront-elles de la joie et de l’allégresse de chacun d’entre eux. O Sion , c’est une grande joie pour tous d’habiter en toi ( Ps. 86 ,7 ).

  52. Les biens , dont nous venons de parler , les saints en jouiront dans la patrie céleste , et ils posséderont en outre beaucoup d’autres biens ineffables. Quant aux méchants ils seront plongés dans une mort éternelle , et ils éprouveront une douleur et souffriront un châtiment qui ne seront pas moindres que la joie et la gloire réservées aux bons.

  53. Quatre causes concourent pour augmenter la peine des méchants.
    En premier lieu , le fait d’être séparés de Dieu et de tous les biens. Cette séparation constitue la peine du dam , qui répond à l’aversion que ces méchants ont pour Dieu. C’est une peine plus grande que la peine du sens. Du serviteur inutile , le Seigneur dit ( Mat. 25 , 30 ) : Jetez-le dans les ténèbres extérieures. Dans cette vie , en effet , ceux qui font le mal vivent dans des ténèbres intérieures , qui sont celles du péché ; mais alors ils seront aussi plongés dans des ténèbres extérieures.

    En second lieu , le châtiment des méchants est augmenté par le remords de leur conscience. On peut leur appliquer ces paroles du psaume ( 49 , 21 ) : Je vous reprendrai sévèrement , et je vous exposerai vous-mêmes devant votre face. Le livre de la Sagesse
    ( 5 , 3 ) nous dépeint les damnés poussant des gémissements dans le serrement de leurs coeurs. Ces regrets et ces gémissements , cependant , seront tout à fait inutiles , parce qu’ils procèderont non de la haine du mal , mais de la douleur du châtiment.

    En troisième. lieu , la peine des damnés est augmentée par l’immensité du châtiment sensible auquel ils sont soumis , à savoir le feu de l’enfer , qui torturera leur âme et leur corps . C’est lâ , comme disent les Pères , le plus terrible de tous les châtiments physiques. Ces malheureux seront , en quelque sorte , toujours mourant ; cependant ils ne seront jamais morts et jamais la mort ne les frappera. C’est pourquoi , on appelle ce châtiment la mort éternelle ; comme le mourant en effet souffre des peines terribles , il en est de même de ceux qui sont en enfer.

    Le Psalmiste a dit ( 48 , 15 ) Ils ont été placés en enfer comme des brebis , la mort les dévorera.

    En quatrième lieu , le châtiment des méchants est encore aggravé par le fait qu’ils n’ont pas la moindre espérance d’être délivrés de leurs tourments. Si , en effet , ils nourrissaient cet espoir , leurs peines en seraient adoucies. Mais comme toute espérance leur est interdite , leurs souffrances par le fait même sont les plus terribles qui soient. Comme le dit Isaîe ( 66 , 24 ) : Leur ver ne mourra pas et leur feu ne s’éteindra pas.

  54. Ainsi apparaît avec évidence la différence entre les bonnes et les mauvaises actions. Les premières nous mènent à la vie et les secondes à la mort. C’est pourquoi les hommes devraient fréquemment se remettre en mémoire ces vérités ; ils seraient par lâ excités à faire le bien et à se détourner du mal. C’est pour que cette vérité se grave toujours plus profondément dans notre mémoire , qu’il est expressément dit â la fin du Credo : « Je crois à la Vie éternelle ». A cette vie éternelle , que nous conduise Notre Seigneur Jésus-Christ , Dieu béni dans les siècles des siècles. Amen.