CREDO 03  « «    [ English ]


COMMENTAIRE DU CREDO


  1.   Le quatrième et dernier motif de la descente du Christ aux enfers   fut de délivrer les saints qui s’y trouvaient présents. De même en effet que le Christ voulut souffrir la mort , pour délivrer les vivants de la mort , de même il voulut descendre aux enfers pour libérer ceux qui y demeuraient. Aussi pouvons-nous lui adresser les paroles du prophète Zacharie ( 9 , 11 ) : Vous , Seigneur par le sang de votre alliance , vous avez retiré vos captifs de la fosse sans eau. Le Seigneur a accompli la parole du prophète
    Osée ( 13 , 14 ) : 0 mort , je serai ta mort . Enfer , je serai ta morsure ! »

    En effet , bien que le Christ ait entièrement détruit la mort , il n’a pas complètement anéanti les enfers , mais il les a comme mordus ; car il n’a pas libéré tous les captifs des enfers , mais ceux-là seuls qui étaient exempts du péché mortel et également du péché originel , soit que la circoncision les en ait délivrés quant à leur personne , soit que , avant que Dieu n’ait donné la circoncision aux Patriarches , ils aient été sauvés , - ou bien par la foi de leurs parents fidèles , s’ils étaient privés de l’usage de la raison , - ou bien , s’ils étaient adultes , par des sacrifices et par la foi au Christ qui devait venir : mais ils demeuraient dans les enfers à cause du péché originel d’Adam , dont le Christ seul pouvait les libérer selon la nature. C’est pourquoi le Christ laissa en enfer ceux qui y étaient descendus en état de péché mortel , ainsi que les enfants incirconcis ( 3 ). C’est la raison pour laquelle , s’adressant à l’enfer , il lui déclare : Je serai ta morsure , enfer. Ainsi donc le Christ est descendu aux enfers , et pour les quatre motifs que nous venons d’exposer.

  2.   Nous pouvons y puiser , pour notre instruction , quatre leçons.
     Premièrement , 
    une ferme espérance en Dieu , Car quelque grande que soit l’affliction dans laquelle un homme est plongé , il doit cependant toujours espérer dans le secours de Dieu et mettre sa confiance en lui. On ne peut pas en effet trouver d’état plus pénible que de demeurer dans les enfers. Si donc le Christ a délivré ceux qui s’y trouvaient , quiconque , s’il est l’ami de Dieu , doit avoir une grande confiance d’être délivré par lui de n’importe quelle détresse. Il est écrit en effet au Livre de la Sagesse ( 10 , 13-14 ) La divine Sagesse n’abandonna pas le juste vendu. . , elle descendit avec lui dans la fosse et ne le quitta pas dans les chaînes. Et parce que Dieu vient spécialement en aide à ses serviteurs , l’homme qui sert Dieu doit vivre dans une grande sécurité. Celui qui craint le Seigneur , dit en effet l’Ecclésiaste ( 34 , 16 ) ne se troublera jamais , il n’aura pas peur , parce que Dieu est son espérance.

  3.   En deuxième lieu , nous devons concevoir de la crainte à l’égard de Dieu et bannir la présomption.  En effet , bien que le Christ ait souffert pour les pécheurs et qu’il soit descendu aux enfers , il n’en a pas délivré tous les captifs , mais seulement , comme nous l’avons dit , les âmes exemptes de péché mortel. Il y laissa ceux qui étaient morts avec ce péché. Que tous ceux qui y descendent en cet état n’espèrent donc pas le pardon. Mais ils demeureront aussi longtemps dans les enfers que les saints dans le Paradis , c’est-à-dire éternellement. Le Christ a déclaré en effet ( Math. 25 , 46 ) : Les maudits s’en iront au supplice éternel , et les justes à la vie éternelle.

  4.   En troisième lieu , nous devons faire preuve de grande vigilance , car le Christ est descendu aux enfers pour notre salut.   Oui , nous devons être attentifs à y descendre fréquemment en esprit , pour considérer les peines qu’on y souffre , comme le faisait le saint roi Ezéchias , quand il déclarait ( Is. 38 , 10 ) J’ai dit , au milieu de mes jours : je m’en vais aux portes de l’enfer. Ceux en effet qui , durant leur vie , descendent souvent dans les enfers en pensée , n’y descendent pas facilement à l’heure de la mort car la considération attentive des tourments éternels retire l’homme du péché. Ne voyons-nous pas les habitants de ce monde se garder des mauvaises actions dans la crainte des peines temporelles ? Combien plus doivent-ils se détourner du mal , dans l’appréhension des peines de l’enfer , car celles-ci surpassent grandement les souffrances d’ici-bas par leur durée , leur amertume et leur multiplicité. Souviens-toi de ta fin , dit l’Ecclésiaste ( 7 , 40 ) , et tu ne pécheras jamais.

  5.   En quatrième lieu , la venue du Christ aux enfers nous offre un exemple d’amour.  Jésus est en effet descendu aux enfers pour délivrer les siens ; c’est pourquoi nous devons nous aussi nous y rendre en esprit pour venir en aide aux nôtres. Les âmes du purgatoire en effet , ne peuvent rien faire pour elles-mêmes ; notre devoir est donc de leur porter secours. Ne serait-il pas extrêmement cruel , celui qui se désintéresserait d’un être cher enfermé dans une prison terrestre ? Comme il n’y a aucune comparaison entre les peines de ce monde et les souffrances de ce lieu de purification , combien plus cruel ne sera pas celui qui laisserait sans secours un ami retenu dans le purgatoire ? Ayez pitié de moi , ayez pitié de moi , vous du moins , mes amis , disait le saint homme Job ( 19 , 21 ) car la main de Dieu m’a frappé. Et nous lisons au deuxième Livre des Macchabées ( 12 , 46 ) C’est une pensée sainte et salutaire de prier pour les défunts , afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés.

  6. D’après saint Augustin , on peut secourir les âmes du purgatoire principalement par trois bienfaits : à savoir par des messes , par des prières et par des aumônes. Saint Grégoire en ajoute un quatrième : le jeûne. Il n’y a là rien d’étonnant , puisque même en ce monde un ami peut satisfaire pour un ami.

  7.   Il est nécessaire à l’homme de connaître deux réalités : à savoir la gloire de Dieu et le châtiment de l’enfer. Attirés , en effet par la  gloire et effrayés par les châtiments , les hommes veillent sur eux-mêmes et se retirent du péché.   Mais il est très difficile à l’homme de les connaître. Ainsi , au sujet de la gloire , il est dit dans la Sagesse ( 9 , 16 ) : Qui donc pénétrera ce qui est dans le ciel ? C’est sans aucun doute une oeuvre difficile pour les habitants de la terre , car , dit saint Jean ( 3. 31 ) : Celui qui est de la terre parle de la terre ; tandis que découvrir ce qui est dans les cieux est chose facile pour les êtres spirituels. Le même saint Jean dit en effet ( dans le même passage ) : Celui qui vient d’en-haut est au-dessus de tous. Or c’est précisément pour nous enseigner les choses célestes que Dieu est descendu du ciel et s’est incarné. Il était pareillement difficile de connaître les peines de l’enfer. Le Livre de la Sagesse met en effet cette parole dans la bouche des impies ( 2 , 1 ) On ne connaît personne qui soit revenu des enfers. Mais maintenant il n’est plus possible de tenir un tel propos ; en effet , comme le Christ est descendu du ciel pour nous enseigner les choses célestes , de même il est ressuscité des enfers pour nous instruire au sujet des enfers. Il est donc nécessaire que nous croyions , non seulement à l’Incarnation du Christ et à sa mort , mais aussi à sa résurrection d’entre les morts. Et c’est pourquoi il est dit dans le Je crois en Dieu : Le troisième jour Il est ressuscité des morts.

  8. Nous voyons dans l’Ecriture que nombreux sont ceux qui ressuscitèrent d’entre les morts , comme par exemple Lazare , comme le fils de la veuve et la fille du chef de la synagogue.
      Mais la résurrection du Christ diffère de la leur et des autres résurrections de quatre manières. 
     Elle en diffère d’abord quant à la cause. 
    Les autres ressuscités , en effet , ne ressuscitèrent pas par leur propre puissance , mais bien , soit par la vertu du Christ , soit grâce aux prières de quelque saint. Quant au Christ , lui , il est ressuscité par sa propre puissance . En effet , il n’était pas seulement homme ; il était Dieu également et la divinité du Verbe ne fut jamais séparée ni de son âme ni de son corps ; c’est pourquoi son corps a repris son âme , et son âme son corps , quand il le voulut. Il l’a dit lui-même ( Jean 10 , 18 ) J’ai le pouvoir de donner mon âme , et j’ai le pouvoir de la reprendre. Et bien que le Christ soit mort , ce ne fut pas en raison de sa faiblesse , ni par suite d’une nécessité , mais bien par sa propre puissance , car il mourut volontairement ; ce qui le prouve bien , c’est qu’il rendit l’esprit en jetant un grand cri , ce que ne peuvent pas faire les autres hommes , car ceux-ci meurent en raison de leur faiblesse. Aussi le centurion dit : Vraiment cet homme était le Fils de Dieu ( Mth. 27 , 54 ). Et comme Jésus livra son âme par sa propre puissance , il la reprit de même par sa puissance ; c’est pourquoi nous disons , le Christ ressuscita , sa résurrection étant son ouvrage à lui ; et non il fut ressuscité , comme si sa résurrection était l’oeuvre d’un autre . Je me suis couché et me suis endormi , puis je me suis levé ( Psaume 3 , 6 ) Cette manière de parler ne contredit pas saint Pierre , quand il dit aux Juifs ( Actes 2 , 32 ) Ce Jésus , Dieu l’a ressuscité en effet , et le Père a ressuscité le Fils et le Fils s’est également ressuscité car le Père et le Fils ont une seule et même puissance.

  9.   En second lieu ,  la résurrection du Christ diffère des autres résurrections par la vie à laquelle Jésus est ressuscité . Il est en effet ressuscité à une vie glorieuse et incorruptible , comme le déclare l’Apôtre aux Romains ( 6 , 4 ) : Le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père. Quant aux autres ressuscités , ils le furent à la vie qu’ils possédaient avant leur mort , comme on le voit clairement de Lazare et des autres.

  10.   En troisième lieu  , la résurrection de Jésus diffère des autres résurrections par son fruit et par son efficacité car tous ressuscitent par la puissance de la résurrection du Christ. Nous lisons en effet en saint Matthieu ( 27 , 52 ) : les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent. Et l’Apôtre écrit aux Corinthiens dans sa première Epitre ( 15 , 20 ) Le Christ est ressuscité des morts , prémices de ceux qui se sont endormis. Mais remarquez ceci : Le Christ est parvenu à la gloire par sa passion , comme lui-même le déclare aux disciples d’Emmaüs ( Luc 24 , 26 ) Ne fallait-il pas , leur dit-il , que le Christ endurât ses souffrances pour entrer dans la gloire ? Il nous apprend par là comment nous-mêmes nous pouvons parvenir à la gloire. Comme l’enseigne l’Apôtre ( Actes 14 , 21 ) : Il nous faut passer par maintes tribulations pour entrer dans le Royaume de Dieu.

  11.   Quatrièmement ,  la résurrection de Jésus diffère de celle des autres hommes par le temps auquel elle s’est effectuée. La résurrection des autres en effet , est différée jusqu’à la fin du monde , sauf pour quelques privilégiés pour lesquels elle a été anticipée il en fut ainsi pour la Bienheureuse Vierge , et , selon une pieuse croyance , pour saint Jean l’Evangéliste ; mais le Christ Jésus ressuscita le troisième jour. Et la raison en est que sa résurrection , sa mort et sa nativité furent ordonnées à notre salut. Aussi il voulut ressusciter quand notre salut serait complètement réalisé. S’il était ressuscité aussitôt après sa mort , les hommes n'auraient pas cru que son âme s'était séparée de son corps. De même , s’il avait différé longtemps sa résurrection , ses disciples ne seraient pas demeurés dans la foi et ainsi sa passion aurait été absolument inutile. En quoi mon sang ( versé ) est-il utile si je descends dans le lieu de la corruption ( Ps. 29 , 10 ). Il est donc ressuscité le troisième jour , pour que nous ne doutions pas de sa mort et afin que les disciples ne perdent pas la foi.

  12.   Or nous pouvons tirer quatre conséquences des vérités que nous venons de rapporter au sujet de la résurrection du Christ Jésus.  La première   est que nous devons nous appliquer à ressusciter spirituellement de la mort de l’âme causée en nous par le péché , et nous devons , dis-je , ressusciter de cette mort à la vie de la justice , que nous acquérons par la pénitence. Eveillez-vous , vous qui dormez , nous dit l’Apôtre ( Eph. 5 , 14 ) ; levez-vous d’entre les morts et le Christ vous illuminera. Cette résurrection de la mort du péché est la première résurrection. C’est d’elle que saint Jean dit dans l’Apocalypse ( 20 , 6 ) : Bienheureux celui qui a part à la première résurrection.

  13.   En second lieu ,   n’attendons pas l’heure de la mort pour ressusciter du péché , mais revenons vite à la vie de la grâce , puisque le Christ , lui , est ressuscité le troisième jour. Il est dit en effet dans l’Ecclésiaste ( 5 , 8 ): Ne tardez pas à vous convertir au Seigneur , et ne différez pas de jour en jour. Comment en effet pourrez-vous penser à l’affaire du salut , quand vous serez accablé par la faiblesse ? D’autre part , votre persévérance dans le péché vous ferait perdre une partie de tous les biens qui se font dans l’Eglise et vous encourriez beaucoup de maux. D’ailleurs le diable , dit saint Bède , se laisse déposséder d’autant plus difficilement de quelqu’un , qu’il le possède depuis plus longtemps.

  14.   Troisièmement ,   notre résurrection du péché doit être une résurrection à une vie incorruptible , de telle sorte que nous ne mourions plus à la vie de la grâce ; nous devons , en effet , en ressuscitant , nous proposer de ne plus pécher. Saint Paul écrit ( Rom. 6 , 9 et 11-13 ) : Le Christ ressuscité des morts ne meurt plus ; la mort sur lui n’aura plus d’empire. Et vous , de même , dit-il , regardez-vous comme morts au péché et comme vivants pour Dieu dans le Christ Jésus. Que le péché ne règne donc plus dans votre corps mortel pour vous faire obéir à ses convoitises. Ne livrez pas vos membres comme des instruments d’iniquité au service du péché ; mais offrez-vous vous-mêmes à Dieu comme des vivants revenus de la mort.

  15.   Quatrièmement ,   notre résurrection du péché doit être une résurrection à une vie nouvelle et glorieuse , de telle sorte que nous évitions désormais tout ce qui auparavant avait été pour nous occasions et cause de péché et de mort. Comme le Christ , dit saint Paul ( Rom. 6 , 4 ) , est ressuscité des morts par la gloire du Père , nous aussi , de même , marchons dans une vie nouvelle. Cette vie nouvelle , c’est la vie de la justice qui renouvelle l’âme et la conduit à la vie de la gloire. Amen.


  16. Article 6 : ( JE CROIS EN JÉSUS-CHRIST ) QUI EST MONTÉ AUX CIEUX , EST ASSIS A LA DROITE DE DIEU LE PÈRE TOUT-PUISSANT.   Retour    Haut

  17. Nous l’avons vu , il faut croire à la résurrection du Christ ; nous devons ensuite croire en son ascension , par laquelle il est monté aux cieux le quarantième jour. C’est pourquoi nous disons dans le Je crois en Dieu : Il est monté aux cieux.
     Dans l’ascension de Jésus , il y a lieu d’observer trois aspects : 
     a ) sa sublimité ;
     b ) son caractère raisonnable ;
     c ) son utilité.  

  18. a ) L’ascension de Jésus fut vraiment sublime , car il est monté au cieux. Ceci peut être exposé de trois manières : D’abord , il est monté au-dessus de tous les cieux matériels ( 4 ). L’Apôtre dit en effet aux Ephésiens ( 4 , 10 ) : Il est monté par delà tous les cieux. Le Christ , le premier , réalisa une telle ascension ; auparavant , en effet , il n’y avait de corps terrestre que sur la terre , si bien que même le paradis où vécut Adam était situé sur la terre. En second lieu , le Christ est monté au-dessus de tous les cieux spirituels , c’est-à-dire au-dessus de toutes les natures spirituelles , comme saint Paul l’écrit aux Ephésiens ( 1 , 20-22 ) : Le Père a fait siéger Jésus dans les cieux , à sa droite , bien au-dessus de toute Principauté , Puissance , Vertu , Domination et au-dessus de tout nom quel qu’il soit , non seulement en ce siècle-ci , mais encore dans le siècle à venir ; et il a tout mis sous ses pieds. En troisième lieu , le Christ est monté jusqu’au trône de Dieu le Père. Le prophète Daniel dit de lui en effet ( 7 , 13 ) : Voici que , sur les nuées du ciel venait comme un Fils d’homme , et il parvint jusqu’à l’Ancien des jours : et nous lisons dans Marc ( 16 , 19 ) : Or le Seigneur Jésus , après leur avoir parlé , fut enlevé au ciel et il est assis à la droite de Dieu.

  19. Quand nous parlons de la droite de Dieu , cette expression ne doit pas s’entendre d’une manière corporelle , mais dans un sens métaphorique. En effet , si en disant de Jésus il est assis à la droite de Dieu , nous pensons à sa divinité , cela signifie Jésus est égal en tout à son Père ; mais si nous pensons à sa nature humaine , cela veut dire alors le Christ jouit des dons les plus excellents. C’est une telle excellence que le diable a ambitionnée. Je monterai , dit-il ( Is. 14 , 13-14 ) dans les cieux , j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu ; je m’assiérai sur la montagne de l’alliance au Septentrion ; je monterai sur le sommet des nuées , je serai semblable au Très-Haut. Mais le Christ seul est parvenu à cette éminence. C’est pourquoi nous disons dans le Je crois en Dieu : Il est monté au ciel , il est assis à la droite du Père. Et nous lisons au Psaume 109 , I : Le Seigneur a dit à mon Seigneur ; Assieds-toi à ma droite.

  20. b ) Deuxièmement , l’ascension du Christ fut conforme à la raison , parce qu’il s’éleva jusqu’aux cieux et cela pour trois motifs :

    En effet , 1° Le ciel était dû au Christ à cause de sa nature. Car il est conforme à la nature que chaque être retourne là d’où il tire son origine. Or , le Christ tire son origine de Dieu , qui est au-dessus de tout. Jésus en effet a dit à ses Apôtres ( Jean 16 , 28 ) : Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde ; maintenant je quitte le monde et je vais au Père. Et le même Jésus a déclaré à Nicodème ( Jean 3 , 13 ) : Nul n’est monté au ciel , sinon celui qui est descendu du ciel , le Fils de l’homme qui est au ciel. Et bien que les saints montent au ciel , cependant ils n’y montent pas de la même manière que le Christ ; le Christ en effet s’est élevé aux cieux par sa propre puissance , mais les saints s’y élèvent comme entraînés par le Christ. Aussi nous lui disons avec l’Epouse du Cantique ( 1 , 3 ) : Seigneur , entraînez-nous à votre suite. On peut dire également que personne ne monte au ciel si ce n’est le Christ. Le Christ en effet est la tête de l’Eglise et les saints ne montent au ciel que parce qu’ils sont ses membres. Où que soit le cadavre , disait Jésus à ses Apôtres , ( Mat. 24 , 28 ) là s’assembleront les aigles.

  21. 2° Le ciel était dû au Christ Jésus en raison de sa victoire. Le Christ en effet fut envoyé dans le monde pour lutter contre le diable , et il sortit victorieux du combat : aussi il mérite d’être exalté au-dessus de tout. Moi , j’ai été vainqueur , dit Jésus , ( Apoc. 3 , 21 ) et je suis allé siéger avec mon Père sur son trône.

    3° Enfin le Christ méritait d’être au ciel à cause de son humilité. En effet , aucune humilité n’est aussi grande que celle du Christ , car , bien qu’il était Dieu , il voulut devenir homme ; bien qu’il était Seigneur , il voulut prendre la condition d’esclave , se rendant obéissant jusqu’à la mort ( cf. Phil. 2 , 7 ) et il descendit jusqu’en enfer ; aussi mérita-t-il d’être exalté jusqu’au ciel , au trône de Dieu. L’humilité en effet est la voie qui conduit à l’exaltation. Celui qui s’abaisse , dit le Seigneur , ( Luc 14 , 11 ) , sera élevé. Et saint Paul écrit aux Ephésiens ( 4 , 10 ) : Celui qui est descendu , c’est le même qui est aussi monté par delà tous les cieux.

  22. c ) Troisièmement , l’ascension du Christ est utile sous trois rapports :

     En premier lieu , Jésus est monté aux cieux , pour nous y conduire ,   car nous , nous n’en connaissions pas le chemin , mais lui-même nous l’a montré. Il est monté , dit Michée ( 2 , 13 ) , ouvrant ainsi la voie devant eux.

     Ensuite Jésus s’est élevé au ciel , pour nous donner l’assurance de posséder le royaume céleste.  Je vais , dit-il aux Apôtres ( Jean 14 , 2 ) , vous préparer une place.

    L’utilité de l’ascension apparaît en second lieu dans la sécurité qu’elle nous apporte. Jésus en effet est monté au ciel pour intercéder en notre faveur auprès de son Père. Il s’est approché de Dieu par lui-même , dit l’Apôtre ( Hébr. 7 , 25 ) , et if est toujours vivant pour intercéder en faveur des hommes. Et saint Jean écrit dans sa 1re épître ( 2 , 1 ) : Nous avons près du Père un avocat , Jésus-Christ.

     En troisième lieu ,  l’ascension du Christ est d’une grande utilité - et pour attirer nos coeurs à lui , où est ton trésor , dit le Seigneur ( Math. 6 , 21 ) , là aussi est ton coeur - et pour nous faire mépriser les biens temporels. L’Apôtre écrit en effet aux Colossiens ( 3 , 1 ) :  Si vous êtes ressuscités avec le Christ , recherchez les choses d’en-haut , là où se trouve le Christ , siégeant à la droite de  Dieu ; affectionnez-vous aux choses d’en-haut et non à celles de la terre. 


  23. Article 7 : DE LA ( c’est-à-dire de la droite du Père ) , JÉSUS VIENDRA JUGER LES VIVANTS ET LES MORTS.    Retour   Haut

  24. Juger fait partie de l’office des rois et des seigneurs. Nous lisons en effet dans les Proverbes ( 20 , 8 ) : Le Roi , assis sur le trône de la justice , par son regard , dissipe tout mal. Or le Christ est monté au ciel et est assis à la droite de Dieu , comme le Seigneur de toutes les créatures ; le jugement lui appartient donc manifestement. C’est pourquoi , dans la règle de la foi catholique nous confessons que Jésus viendra juger les vivants et les morts. C’est aussi ce que dirent les Anges au moment de l’ascension ( Act. I. 11 ): Ce Jésus qui vient d’être enlevé au ciel , du milieu de vous , en reviendra de la même manière que vous l’avez vu y aller.

  25. Il y a lieu d’observer trois choses à propos de ce jugement :
    Premièrement sa forme
    Deuxièmement la crainte qu’il doit nous inspirer ;
    Troisièmement le genre de préparation qu’il requiert de nous.
    I. De la forme du jugement du Christ.

  26.  Trois réalités concourent à la forme d’un jugement : 
     1° la personne du juge , 
     2° les personnes jugées , 
     3° les matières sur lesquelles celles-ci sont jugées. 

  27. 1° Or donc , le Christ est Juge. C’est lui , dit saint Pierre ( Actes 10 , 42 ) , qui a été constitué par Dieu juge des vivants et des morts. soit que nous comprenions par morts les pécheurs , et par vivants les justes , soit que nous entendions au sens littéral par vivants ceux qui vivront au moment du jugement et par morts tous ceux qui , effectivement , seront morts.

     Or le Christ Jésus est juge non seulement en tant qu’il est Dieu , mais aussi en tant qu’homme.
     Et cela pour trois motifs :  

      Voici le premier motif : il est nécessaire que ceux qui sont jugés voient leur juge.  Or la divinité possède un tel attrait qu’on ne peut la voir sans éprouver de la joie ; aucun damné ne pourra donc la voir parce qu’alors il se réjouirait. Afin que notre juge soit vu de tous les hommes , il faut donc qu’il apparaisse sous la forme d’un homme. Parlant de lui , Jésus dit en effet aux Juifs ( Jean 5 , 27 ) : Le Père a donné au Fils le pouvoir d’exercer le jugement parce qu’il est Fils de l’homme.

      En second lieu ,   le Fils de Dieu est juge universel en tant qu’homme , parce qu’il a mérité précisément en tant que tel cet office de juge. C’est comme homme en effet qu’il fut injustement jugé ; aussi fut-il constitué par Dieu juge du monde entier. Votre cause , lisons-nous dans le Livre de Job ( 36 , 17 ) , votre cause a été jugée comme celle d’un impie : aussi vous recevrez le jugement.

      En troisième lieu , le jugement fut donné au fils en tant qu’il est homme , afin que les hommes , étant jugés par un homme ,  cessent de désespérer. Si en effet Dieu seul était leur juge , dans leur effroi ils se livreraient au désespoir. Jésus dit dans l’Evangile  ( Luc 21 , 27 ) : On verra le Fils de l’homme venir dans la nuée. Il jugera tous ceux qui existent , ont existé et existeront. Il faut en  effet , déclare l’Apôtre ( 2 Cor. 5 , 10 ) , que tous nous comparaissions devant le tribunal du Christ , afin que chacun reçoive ce qui  est dû aux bonnes ou aux mauvaises actions qu’il aura faites pendant qu’il était revêtu de son corps. 

  28. 2° Au sujet de ceux qui sont jugés , il y a , d’après saint Grégoire , une quadruple différence. D’abord , les uns sont bons , les autres , mauvais. Ensuite , parmi les mauvais , certains seront condamnés , mais ne seront pas jugés .  Ce sera le cas de ceux qui  ont refusé la foi ; leurs actions ne seront pas soumises à un examen , car qui ne croit pas , dit Jésus ( Jean 3 , 18 ) , est déjà jugé ,  parce qu’il n’a pas voulu croire au nom du Fils unique de Dieu.   Les autres méchants , eux , seront jugés et condamnés , comme les fidèles morts en état de péché mortel. L’Apôtre dit , à propos de ces pécheurs et de leur péché ( Rom. 6 , 23 ) Le salaire du péché , c’est la mort , Ils ne seront pas en effet exclus du jugement , à cause de la foi qui était dans leur intelligence. Quant aux bons , certains seront sauvés , mais ne seront pas jugés ; ce seront ceux qui auront possédé l’esprit de pauvreté , par amour pour Dieu. Bien loin de passer par le jugement , ils jugeront les autres. Vous qui m’avez suivi , déclare Jésus ( Mat. 19 , 28 ) , lors de la régénération , quand le Fils de l’homme aura pris place sur son trône de gloire , vous siégerez vous aussi sur douze trônes , pour juger les douze tribus d’Israël. Ces paroles visent non seulement les disciples mais aussi tous ceux qui ont l’esprit de pauvreté autrement , saint Paul qui travailla plus que tous les autres , ne serait pas de leur nombre ; oui assurément , elles visent , ces paroles , tous ceux qui suivirent les Apôtres et les hommes apostoliques. Aussi l’Apôtre écrit-il aux Corinthiens ( 1 , 6 , 3 ) : Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? Et nous lisons en Isaïe ( 3 , 14 ) : Le Seigneur viendra pour le jugement avec les anciens et les princes de son peuple. Les autres bons , à savoir ceux qui mourront dans la justice , seront sauvés , mais ils seront jugés. En effet bien qu’ils aient quitté cette vie justifiés , ils ont commis quelques fautes au milieu de leurs occupations temporelles. Ils seront donc jugés , mais ils obtiendront le salut.

  29.   3° Les hommes seront jugés sur toutes leurs actions bonnes et mauvaises.  L’Ecclésiaste ( 11 , 9 ) dit en effet : Suis les voies de ton coeur , mais sache que pour tout cela , Dieu te fera venir en jugement. Et ( 12 , 14 ) : Oui , Dieu citera en jugement toutes les oeuvres des hommes , soit bonnes soit mauvaises. Même sur nos paroles inutiles nous serons examinés. Je vous le déclare , dit le Seigneur ( Mat. 12 , 36 ) , les hommes rendront compte au jugement de toute parole vaine.  Et il en sera de même de nos pensées.
     La Sagesse ( 1 , 9 ) affirme en effet que Dieu fera une enquête sur les pensées de l’impie. 

  30. 2. De la crainte que doit nous inspirer le jugement de Jésus-Christ.

  31. Nous devons craindre ce jugement pour quatre raisons . . .
     Le premier motif de le redouter , c’est la sagesse du Juge.   Jésus en effet n’ignore absolument rien de nos pensées , de nos paroles et de nos actions. Tout est à nu et à découvert à ses yeux. ( Heb. 4 , 13 ) et toutes les voies de l’homme n’ont pas la moindre obscurité pour les yeux du Seigneur ( Prov. 16 , 2 ). Il connaît également toutes nos paroles : son oreille jalouse entend tout ( cf. Sag. 1 , 10 ). Le Seigneur pareillement n’ignore rien de nos pensées. Le prophète Jérémie en effet nous rapporte ces paroles de Dieu ( 17 , 9-10 ) : Le coeur de l’homme est dépravé et impénétrable. Qui le connaîtra ? Moi , le Seigneur qui scrute les coeurs et sonde les reins , qui donne à chacun selon ses voies , et le fruit de ses pensées et de ses oeuvres. Là sera un témoin infaillible : la propre conscience des hommes. L’Apôtre écrit aux Romains ( 2 , 15-16 ) : Leur conscience leur rend témoignage par la diversité des réflexions qui les accusent ou qui les défendent , au jour où Dieu jugera ce qui est caché dans le coeur des hommes.

  32.   En second lieu il nous faut craindre le jugement à cause de la puissance du juge , car il est par lui-même tout-puissant.  Voici , dit Isaïe ( 40 , 10 ) , voici que le Seigneur Dieu viendra avec puissance. Et il est également tout-puissant sur les autres , car l’ensemble de la création , à l’heure du jugement , sera avec lui. L’univers entier , dit en effet la Sagesse ( 5 , 21 ) , combattra avec lui contre les insensés. C’est pourquoi Job déclarait ( 10 , 7 ) : Personne n’est capable de délivrer de ta main , et de son côté le psalmiste ( Ps. 138 , 8 ) chante ces paroles : Si je monte au ciel , tu y es ; Si je descends en enfer , tu y es encore.

  33.   En troisième lieu il faut redouter le jugement à cause de l’inflexible justice du juge.  Actuellement , en effet , c’est le temps de la miséricorde , mais alors , ce sera uniquement le temps de la justice. Et c’est pourquoi , maintenant , c’est notre heure à nous , mais alors , ce sera exclusivement l’heure de Dieu. Au temps que j’aurai fixé , dit le Seigneur ( Ps. 74 , 3 ) , je ferai parfaite justice. Et nous lisons dans les Proverbes ( 6 , 34-35 ) : Au jour de la vengeance , son zèle et sa fureur seront sans pitié , il n’écoutera les prières de personne et il ne recevra pas les dons nombreux offerts pour le rachat des coupables.

  34.   Enfin , le quatrième motif de redouter le jugement , c’est la colère du juge.  Si en effet le juge doit apparaître aux justes plein de douceur et de charmes , puisque , selon Isaïe ( 33 , 17 ) , ils contempleront le roi dans sa beauté , il paraîtra par contre aux méchants si dur et si courroucé qu’ils crieront aux montagnes : Tombez sur nous et dérobez-nous à la colère de l’Agneau , comme il est dit dans l’Apocalypse ( 6 , 16 ). Mais quand l’Ecriture parle de colère , elle n’entend pas signifier qu’en Dieu il y aura un mouvement de colère ; elle a en vue seulement ce qui parait être un effet de la colère , à savoir la peine éternelle infligée aux pécheurs. Le second remède contre la crainte du jugement , c’est la confession et la pénitence des péchés que l’on a commis.
    Pour cette confession et cette pénitence , trois conditions sont requises , grâce auxquelles la peine éternelle est expiée , ce sont la douleur dans la pensée , la honte dans l’aveu , la rigueur dans la pénitence. Le troisième remède est l’aumône qui purifie tout . Le Seigneur a dit à ses disciples ( Luc 16 , 9 ) Avec le malhonnête argent , faites-vous des amis , pour que , le jour où il viendra à manquer , ceux-ci vous reçoivent dans les tentes éternelles.
    Parlant de cette peine éternelle , Origène écrit qu’ « étroites à l’extrême seront au jour du jugement les voies des pécheurs »

  35. Nous devons utiliser quatre remèdes contre la crainte du jugement .
     Le premier consiste dans les bonnes oeuvres.  
    Saint Paul en effet écrit aux Romains ( 13 , 3 ) :
    Veux-tu n’avoir pas à craindre l’autorité ?
    Fais le bien et tu en recevras des éloges.
     Le second est la confession et la repentance pour les péchés commis ;  
    et ceci doit inclure la conponction en y pensant ,
    un sentiment de honte en les confessant , et toute sévérité en les avouant.
    Et ceux-ci enlèveront la punition éternelle.
     Le troisième consiste en aumônes , qui purifie toutes choses ;  
    " Et moi, je vous dis : Faites-vous des amis avec les richesses injustes ,
    afin que, quand vous viendrez à manquer ,
    vous soyez reçus dans les tabernacles éternels. " [ Luc, xvi. 9. ]
     Le quatrième remède contre la crainte du jugement , c’est la charité ,  
     c’est-à-dire l’amour de Dieu et du prochain :  
     la charité , en effet , fait disparaître la multitude des péchés  
     ( I Pierre 4 , 8 et Prov. 10 , 12 ).  


  36. Article 8 : JE CROIS AU SAINT-ESPRIT    Retour   Haut

  37. Ainsi que nous l’avons dit : Le Verbe de Dieu est le Fils de Dieu , comme le verbe de l’homme est une conception de son intelligence. Mais parfois le verbe de l’homme est un verbe mort : il en est ainsi lorsque l’homme songe à ce qu’il doit faire , mais sans avoir la volonté de l’accomplir ; de même , quand l’homme a la foi , mais n’agit pas , on dit de sa foi qu’elle est morte . Saint Jacques écrit en effet ( 2 , 26 ) : Comme le corps sans âme est mort , ainsi la foi sans les oeuvres est morte.. Mais , par contre La Parole de Dieu est vivante , comme saint Paul le déclare aux Hébreux ( 4 , 12 ). C’est pourquoi , Dieu nécessairement possède en lui volonté et amour. Saint Augustin le dit dans son ouvrage sur la Trinité . Le Verbe dont nous nous proposons de donner une idée , c’est une connaissance accompagnée d’amour .   Or , comme le Verbe de Dieu est le Fils de Dieu , ainsi l’amour de Dieu est l’Esprit-Saint . Il  s’ensuit que l’homme possède l’Esprit-Saint , lorsqu’il aime Dieu . L’Apôtre écrit en effet aux Romains ( 5 , 5 ) : L’amour de Dieu a  été répandu dans nos coeurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné.  

  38. Il y eut des hommes dont la doctrine concernant le Saint-Esprit fut tout à fait erronée. Ils affirmèrent en effet : le Saint-Esprit est une créature , il est inférieur au Père et au Fils et il est l’esclave et le serviteur de Dieu.
    Pour repousser ces erreurs , les Pères ajoutèrent dans un autre symbole ( 5 ) cinq paroles concernant l’Esprit-Saint.


  39.  Premièrement ,   bien qu’il y ait d’autres esprits , à savoir les Anges , ceux-ci cependant sont serviteurs de Dieu , conformément à ces paroles de l’Apôtre aux Hébreux ( 1 , 15 ) les Anges sont tous des esprits destinés à servir. Mais l’Esprit-Saint , lui , est Seigneur. Jésus en effet dit à la Samaritaine ( Jean 4 , 24 )  L’Esprit est Dieu et l’Apôtre écrit aux Corinthiens ( Il , 3 , 17 ) : L’Esprit est  Seigneur ;   c’est pourquoi d’ailleurs il ajoute :   Là où est l’Esprit du Seigneur , là est la liberté. La raison en est que l’Esprit nous  fait aimer Dieu et enlève de notre coeur l’amour du monde .   La première parole ajoutée par les Pères dans l’autre symbole est donc :
    Je crois en l’Esprit-Saint , qui est Seigneur.

  40.  Deuxièmement ,   l’âme possède la vie , si elle est unie à Dieu , puisque Dieu lui-même est la vie de l’âme , comme l’âme est la vie du corps. Or c’est l’Esprit-Saint qui unit à Dieu par l’amour , car cet Esprit est l’amour de Dieu : c’est pourquoi il vivifie. Comme Jésus l’enseigne à ses disciples ( Jean 6 , 64 ) : C’est l’Esprit qui vivifie. C’est pourquoi les Pères ajoutèrent en second lieu dans leur symbole : Je crois en l’Esprit-Saint , qui vivifie.

  41.  Troisièmement ,  l’Esprit-Saint est de la même substance que le Père et le Fils : car , comme le Fils est le Verbe du Père , l’Esprit-Saint , lui , est l’Amour du Père et du Fils : c’est pourquoi il procède de l’un et de l’autre ; et comme le Verbe est de même substance que le Père , ainsi l’Amour également est de même substance que le Père et le Fils. C’est pourquoi , en troisième lieu , les Pères dirent du Saint-Esprit dans leur symbole qu’il procède du Père et du Fils. Ce qui est la preuve évidente que l’Esprit-Saint n’est pas une créature.

  42.  Quatrièmement ,  nous devons rendre à l’Esprit-Saint le même culte qu’au Père et au Fils. Le Seigneur dit en effet à la Samaritaine ( Jean 4 , 23 ) Les vrais adorateurs adoreront le Père en Esprit et en Vérité. Et à ses disciples , avant de monter au ciel , Jésus déclare ( Mat. 28 , 19 ) : Enseignez toutes les nations , les baptisant au nom du Père , du Fils et du Saint-Esprit. C’est pourquoi les Pères dirent du Saint-Esprit dans leur symbole qu’il est adoré conjointement avec le Père et le Fils.

  43.   Cinquièmement ,   ce qui montre que le Saint-Esprit est égal à Dieu , c’est que les saints prophètes ont parlé poussés par Dieu. Il est donc évident que si l’Esprit-Saint n’était pas Dieu , on ne dirait pas les prophètes ont parlé poussés par lui. Or saint Pierre écrit dans sa 2° Epître ( 1 , 21 ) : C’est , poussés par l’Esprit-Saint , que les saints hommes de Dieu ont parlé , et Isaïe ( 48 , 16 ) déclare : Le Seigneur Dieu et son Esprit m’ont envoyé. C’est pourquoi , les Pères , en cinquième lieu , dirent du Saint-Esprit dans leur symbole qu’il a parlé par les prophètes.

  44. Par cette dernière affirmation , on détruit deux erreurs. D’abord , l’erreur des Manichéens , qui déclarèrent : l’Ancien Testament ne vient pas de Dieu : ce qui est une fausseté , puisque l’Esprit-Saint a parlé par les prophètes . Et ensuite , l’erreur de Priscille et de Montan qui dirent : les prophètes n’ont pas parlé sous l’inspiration de l’Esprit-Saint , mais comme des hommes qui ont perdu la raison.


  45. Le Saint-Esprit produit en nous des fruits abondants.

      Premièrement , il nous purifie du péché.   La raison en est que c’est à celui qui a fait une chose qu’il appartient de la refaire. Or c’est l’Esprit-Saint qui crée l’âme humaine ; par son Esprit en effet Dieu fait toutes choses ; car c’est en aimant sa propre bonté que Dieu produit tout.

    Vous aimez tous les êtres , dit le livre de la Sagesse ( 11 , 25 ) et vous ne haïssez rien de ce que vous avez fait et saint Denys écrit au chapitre 4 des Noms divins : « L’amour de Dieu n’a pas fi supporté de demeurer stérile ».

    Il convient donc que ce soit l’Esprit-Saint qui refasse le coeur des hommes détruit par le péché. C’est pourquoi le psalmiste ( Ps. 103 , 30 ) adresse à Dieu cette prière : « Envoyez votre Esprit , et les êtres seront créés , et vous renouvellerez la face de la terre. Et que l’Esprit purifie , ce n’est pas chose étonnante , parce que tous les péchés sont remis par l’amour , suivant cette parole du Seigneur concernant la pécheresse ( Luc 7 , 47 ) : Ses nombreux péchés lui sont remis. parce qu’elle a beaucoup aimé. Le Livre des Proverbes avait dit de même ( 10 , 12 ) : L’amour couvre toutes les fautes. Et cet enseignement est repris par saint Pierre ( I. 4 , 8 ) : L’amour , dit-il , couvre la multitude des péchés.

  46.   En second lieu , l’Esprit-Saint illumine l’intelligence ,   parce que tout ce que nous savons , en effet , nous l’avons appris de l’Esprit-Saint , conformément à cette parole de Jésus ( Jean 14 , 26 ) : Le Consolateur , l’Esprit-Saint , que le Père enverra en mon nom , vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit .
    Et saint Jean , parlant de l’Esprit-Saint , dit de même ( I. 2 , 27 ) : Son onction vous instruira de tout.


  47.   En troisième lieu , le Saint-Esprit nous aide et nous oblige en quelque sorte à garder les commandements. Personne , en effet , ne  pourrait garder les commandements de Dieu , s’il n’aimait pas Dieu , conformément à la parole du Christ Jésus ( Jean 14 , 23 ) : Si  quelqu’un m’aime , il gardera ma parole. Or , le Saint-Esprit nous fait aimer Dieu , c’est pourquoi il nous aide. Le Seigneur dit en  effet dans Ezéchiel ( 36 , 26 ) : Et je vous donnerai un coeur nouveau et je mettrai au dedans de vous un esprit nouveau ; et j’ôterai  de votre chair le coeur de pierre , et je vous donnerai un coeur de chair et je mettrai au dedans de vous mon Esprit , et je vous ferai  marcher selon mes préceptes , et vous observerez mes lois et vous les pratiquerez.  

  48.   En quatrième lieu , l’Esprit-Saint affermit notre espérance de la vie éternelle ,   car il est comme le gage de son héritage , selon cette parole de l’Apôtre aux Ephésiens ( 1 , 13-14 ) : Vous avez été marqués du sceau de l’Esprit-Saint promis , qui est le gage de notre héritage. L’Esprit-Saint est en effet comme les arrhes de la vie éternelle. La raison en est que la vie éternelle est due à l’homme , en tant qu’il est fait fils de Dieu et il le devient en étant rendu semblable au Christ : or l’homme est rendu semblable au Christ par la possession de l’Esprit du Christ , qui est l’Esprit-Saint. L’Apôtre en effet écrit aux Romains ( 8 , 15-16 ) : Vous n’avez pas reçu un esprit de servitude pour retomber dans la crainte , mais vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier: Abba , Père !  En effet , l’Esprit en personne témoigne à notre esprit que nous sommes les fils de Dieu. Et saint Paul écrit de même  aux Galates ( 4 , 6 ) : Parce que vous êtes fils de Dieu , Dieu a envoyé dans vos coeurs l’Esprit de son Fils , qui crie : Abba , Père !  

  49.   En cinquième lieu , le Saint-Esprit nous conseille dans nos doutes et nous apprend quelle est la volonté de Dieu.   Qui a des oreilles , dit Jésus ( Apoc. 2 , 7 ) , entende ce que dit l’Esprit aux Eglises et il est écrit dans Isaïe ( 50 , 4 ) : Je l’écouterai comme un Maître . Amen.