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COMMENTAIRE DU CREDO


  1. Il faut , en troisième lieu , que nous méditions continuellement le Verbe , la Parole de Dieu demeurant en nous. Il ne suffit pas en effet de croire , la méditation aussi est nécessaire ; sans elle , cette présence en nous du Verbe de Dieu ne nous serait pas profitable. Ce genre de méditation est en effet d’un grand secours contre le péché , comme le montre cette parole du Psalmiste
    ( Ps. 118 , 11 ) Je garde tes paroles cachées dans mon coeur pour ne pas pécher. A cette méditation l’homme juste s’exerce sans cesse . La loi du Seigneur , est-il dit au Psaume 1er , le juste la médite nuit et jour. Aussi saint Luc ( 2 , 19 & 51 ) écrit-il de la Bienheureuse Vierge : Elle gardait toutes les paroles de Jésus dans son coeur pour les méditer.

  2. Il convient , en quatrième lieu , que l’homme communique aux autres la parole de Dieu , en avertissant , en prêchant , en stimulant. Qu’il ne sorte de votre bouche aucune parole mauvaise , disait saint Paul ( Eph. 4 , 29 ) : n’en ayez que de bonnes , propres à édifier. De même , il écrivit aux Colossiens ( 3 , 16 ) : Que la Parole du Christ demeure en vous avec abondance , en toute sagesse , vous enseignant et vous avertissant les uns les autres. Et à Timothée ( 2. Tim. 4 , 2 ) : Proclame la parole , insiste à temps et à contretemps , reprends , exhorte , menace avec une entière patience et une doctrine intègre.

  3. En dernier lieu , nous devons suivre la recommandation de saint Jacques , concernant la Parole de Dieu . Mettez-la en pratique , cette parole , dit-il ( J , 22 ) , ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous abuser vous-mêmes.

  4. Ces cinq devoirs relatifs à la Parole de Dieu , la Bienheureuse Vierge les a observés par ordre lorsqu’elle a engendré le Verbe de Dieu. Premièrement , en effet , elle écouta les paroles de l'Ange Gabriel ( Luc 1 , 35 ) : l’Esprit-Saint surviendra en vous. Deuxièmement , la Vierge Marie donna son consentement aux paroles de l’Ange par sa foi , en disant ( Luc 1 , 38 ) : Voici la servante du Seigneur. En troisième lieu , elle porta en son sein le Verbe incarné. En quatrième lieu , elle l’enfanta. Cinquièmement , elle le nourrit et l’allaita. Aussi l’Eglise chante-t-elle : Par un don du ciel , la Vierge nourrissait de son sein le Roi des Anges.

  5. Article 3 : JE CROIS EN JÉSUS ( ... ) QUI A ÉTÉ CONÇU DU SAINT-ESPRIT , EST ISSU DE JOSEPH ET DE MARIE.    Retour   Haut

  6. Il est nécessaire au chrétien de croire au Fils de Dieu , nous venons de le montrer. Mais cette foi ne suffit pas. Il nous faut croire également à son Incarnation. C’est pourquoi , après avoir dit beaucoup de choses très difficiles et très élevées sur le Verbe , le Bx Jean nous parle ensuite de son Incarnation en ces termes ( Jean 1 , 14 ) : Et le Verbe s’est fait chair.

  7. Pour nous aider à saisir quelque chose de ce mystère , je proposerai deux exemples. Sans aucun doute rien n’est plus semblable au Fils de Dieu que le verbe que notre intelligence conçoit sans le proférer par les lèvres. Or , nul ne connaît le verbe tant qu’il demeure dans l’intelligence de l’homme si ce n’est celui qui le conçoit ; mais dès que notre langue le fait entendre , il est connu de nos auditeurs. Ainsi , le Verbe de Dieu , aussi longtemps qu’il demeurait dans l’intelligence du Père , était connu seulement de son Père ; mais une fois revêtu d’une chair , comme le verbe de l’homme se revêt du son de la voix , il s’est alors manifesté au dehors pour la première fois et s’est fait connaître , selon cette parole de Baruch ( 3 , 38 ) : Ainsi il est apparu sur la terre et il a conversé avec les hommes.

    Voici le deuxième exemple. Nous connaissons par l’ouïe le verbe proféré par la voix , et cependant nous ne le voyons pas et nous ne le touchons pas ; mais si ce verbe nous l’écrivons sur un papier , alors nous pouvons le toucher et le voir. Ainsi le Verbe de Dieu s’est fait , lui aussi , et visible et tangible , lorsqu’il s’inscrivit en quelque sorte dans notre chair. Et de même que le papier sur lequel est inscrite la parole du roi , nous l’appelons la parole du roi , de même l’homme auquel est uni le Verbe de Dieu dans une seule personne , nous le nommons le Fils de Dieu. A ce sujet , il est juste de rappeler les paroles du Seigneur à Isaïe ( 8 , J ) : Prends un grand livre , et écris-y avec un poinçon d’homme ; et c’est pourquoi les saints Apôtres dirent de Jésus , le Fils unique de Dieu : il a été conçu du Saint Esprit et il est né de la Vierge Marie.

  8. Sur ce sujet beaucoup ont erré. C’est pourquoi les saints Pères , dans un autre symbole , au Concile de Nicée , ajoutèrent de nombreuses précisions , grâce auxquelles , maintenant , toutes ces erreurs sont détruites.

  9. Origène en effet déclara: Le Christ est né et il est venu dans le monde pour sauver même les démons. Aussi tous les démons , dit-il , seront sauvés à la fin du monde. Assertion contraire aux affirmations de la Sainte Ecriture . Ainsi lisons-nous dans saint Matthieu ces paroles que le Seigneur dira lors du jugement dernier ( 25 , 41 ) : Allez-vous-en loin de moi , maudits , au feu éternel , qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. C’est pour repousser cette erreur que les Pères ajoutèrent au symbole : C’est pour nous les hommes , ( non pour les démons ) et c’est pour notre salut que Jésus est né de la Vierge Marie : paroles qui font apparaître davantage l’amour de Dieu à notre égard.

  10. Quant à Photin , il consentit bien à ce que le Christ fût né de la Vierge Bienheureuse , mais il ajouta : c’était un simple homme ; par Sa vie vertueuse et par l’accomplissement de la volonté de Dieu , il mérita de devenir le Fils de Dieu , comme les autres saints : mais à cette erreur s’opposent les paroles mêmes de Jésus ( Jn. 6 , 38 ) : Je SUÎS descendu du ciel , non pour faire ma volonté à moi , mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Or , il est évident qu’il ne serait pas descendu du ciel s’il ne s’y était pas trouvé et s’il n’avait été qu’un homme , il n’aurait pas été au ciel. C’est pour écarter l’erreur de Photin que les Pères ajoutèrent dans leur symbole : Jésus descendit des cieux.

  11. Manès , lui , déclara : Le Fils de Dieu a , effectivement , toujours existé et il est bien descendu du ciel , mais sa chair n’est pas une chair véritable : c’est une chair apparente. Assertion fausse : il ne convenait pas en effet au Maître de la vérité de présenter quelque fausseté ; c’est pourquoi , comme il s’offrait aux regards avec une véritable chair humaine , il la possédait vraiment. C’est pourquoi le Seigneur déclara à ses Apôtres ( Luc 24 , 39 ) : Touchez-moi et voyez un esprit n’a ni chair ni os , comme vous voyez que j’en ai. C’est pour supprimer l’erreur de Manès , que les saints Pères ajoutèrent dans leur symbole : Et Jésus-Christ s’est incarné.

  12. Quant à Ebion , Juif d’origine , il disait : le Christ est bien né de la Vierge Marie , mais elle le conçut par son union avec un homme et grâce à une semence virile. Affirmation fausse , elle aussi : l’Ange du Seigneur dit en effet à saint Joseph ( Mat. J , 21 ) : Ce qui a été engendré en Marie , ton épouse , vient du Saint Esprit. Aussi les saints Pères , pour écarter cette erreur , ajoutèrent-ils dans leur symbole que la conception de Jésus était l’oeuvre du Saint-Esprit.

  13. Valentin confessa justement Le Christ a été conçu du Saint-Esprit; mais il prétendit par contre que le Saint-Esprit avait apporté du ciel un corps céleste et l’avait déposé dans la Vierge Bienheureuse , et que ce corps fut celui du Christ : ainsi la Bienheureuse Vierge n’a rien fait d’autre que d’être le réceptacle de ce corps . Ce corps , disait-il , est passé par la Vierge Bienheureuse comme par un aqueduc. Affirmation entièrement erronée , car l’Ange Gabriel avait déclaré à Marie ( Luc 1 , 35 ) : L’être saint qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu - et l’Apôtre écrivit aux Galates ( 4 , 4 ) : Lorsque fut venu la plénitude des temps , Dieu a envoyé son Fils formé d’une femme. Aussi les Pères ajoutèrent-ils dans leur symbole que Jésus est né de la Vierge Marie.

  14. Quant à Anus et Apollinaire , ils déclarèrent : Le Christ est bien le Verbe de Dieu et il est bien né de la Vierge Marie , mais sa divinité lui tient lieu d’âme; car d’âme , il n’en a pas. Assertion fausse , contraire à l’Ecriture Sainte. Le Christ en effet a dit ( Jean 12 , 27 ) : Maintenant mon âme est troublée; et à l’heure de son agonie ( Matt. 26 , 38 ) : Mon âme est triste jusqu’à la mort. Aussi les saints Pères , pour anéantir cette erreur , ajoutèrent-ils dans leur symbole : Et il s’est fait homme. L’homme en effet est composé d’un corps et d’une âme : et Jésus posséda très véritablement tout ce qu’un homme peut avoir , hormis le péché.   « Retour »

  15. Par ces paroles : Jésus-Christ s’est fait homme , sont détruites toutes les erreurs rapportées plus haut et aussi toutes celles qui pourraient surgir ; et principalement l’erreur d’Eutychès qui enseignait l’unité de nature du Christ par mélange de la nature divine et de la nature humaine , de telle sorte que cette nature du Christ ne serait ni purement divine ni purement humaine. Assertion entièrement erronée car alors le Christ ne serait pas un homme. Contre cette erreur , il a été dit : « Il s’est fait homme ».

  16. Par ces paroles : Le Christ s’est fait homme , est anéantie également l’erreur de Nestorius. Celui-ci déclarait : Le Fils de Dieu est uni à un homme simplement parce qu’il demeure en lui. Assertion fausse , elle aussi , car elle revient à dire : Le Fils de Dieu n’est pas homme , mais il est dans un homme. Or , que le Christ soit vraiment homme , l’Apôtre le déclare clairement par ces paroles ( Phil. 2 , 7 ): Le Christ a été reconnu pour homme par tout ce qui a paru en lui.

    Jésus lui-même a dit de lui aux Juifs ( Jn. 8 , 40 ) : Pourquoi cherchez-vous à faire mourir l’homme que je suis , qui vous ai dit la vérité que j’ai entendue de Dieu ?

  17. De ce que nous venons de dire de l’Incarnation du Fils de Dieu , nous pouvons tirer plusieurs conséquences pour notre instruction.

  18. Premièrement un affermissement de notre foi. Car si quelqu’un nous décrivait certaines particularités concernant une terre éloignée où il n’aurait jamais été , la foi que nous accorderions à ses paroles ne serait pas aussi grande que celle que nous lui donnerions s’il y avait séjourné. Avant donc que le Christ ne vint au monde , les Patriarches , les Prophètes et saint Jean-Baptiste révélèrent différentes choses sur Dieu mais les hommes ne donnèrent pas à leurs paroles une foi égale à celle qu’ils accordèrent au Christ , qui fut avec Dieu , bien plus , qui fut un avec lui. Ainsi notre foi , que le Christ lui-même nous a transmise , est très ferme. « Nul n’a jamais vu Dieu , disait saint Jean ( Jn J , 18 ). Le Fils unique qui est dans le sein du Père , lui , l’a révélé. De là vient que de nombreux secrets de la foi nous furent dévoilés après l’avènement du Christ , qui auparavant , avaient été cachés.

  19. En second lieu notre espérance s’en trouve élevée. Il est hors de doute en effet , que le Fils de Dieu , prenant notre chair , n’est pas venu à nous pour un motif peu important , mais bien pour nous être grandement utile ; il a en effet accompli une sorte d’échange car s’il a pris un corps avec une âme et s’il daigna naître de la Vierge , c’est pour , ensuite , nous faire don de sa divinité et ainsi , il s’est fait homme pour faire que l’homme devînt Dieu. A lui , Jésus-Christ , disait l’Apôtre aux Romains ( 5 , 2 ) à lui nous devons d’avoir accès par la foi à cette grâce où nous sommes établis , et de nous glorifier dans l’espérance de la gloire des fils de Dieu.

  20. En troisième lieu la méditation du mystère de l’Incarnation enflamme notre charité. Savoir , en effet , que Dieu , Créateur de toutes choses , s’est fait créature , que Notre Seigneur est devenu notre frère , que le Fils de Dieu s’est fait le fils de l’homme , est la preuve la plus évidente de la divine charité. Comme il est dit dans l’Evangile de saint Jean ( 3 , 16 ) : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. Cette vérité , si nous la considérons , doit enflammer de nouveau notre amour pour Dieu et l’embraser.

  21. Quatrièmement : la considération du mystère du Fils de Dieu fait homme nous porte à garder pûre notre âme. Notre nature en effet a été tellement ennoblie et exaltée par son union avec Dieu qu’elle a été élevée à l’unité avec une personne divine : aussi l’Ange , après l’Incarnation , ne put souffrir que le bienheureux Apôtre Jean l’adorât , alors que , avant , il s’était laissé adorer même par les plus grands des Patriarches ( 1 ). Aussi l’homme doit-il se rappeler et méditer son exaltation : par là , il se gardera de se souiller , lui et sa nature , par le péché ; c’est l’enseignement même du bienheureux Apôtre Pierre ( Il. J , 4 ) : Par Jésus Christ , nous dit-il , Dieu a réalisé des promesses magnifiques et précieuses , afin que nous devenions ainsi participants de la nature divine , et que nous nous soustrayions à la corruption de la convoitise qui est dans le monde.

  22. Cinquièmement : la méditation du mystère du Verbe incarné enflamme notre désir d’atteindre le Christ. Si en effet quelqu’un avait pour frère un roi et était éloigné de lui , ne désirerait-il pas se rendre auprès de sa personne royale , être chez lui et y demeurer ? Aussi , comme le Christ est notre frère , nous devons nous aussi désirer être avec lui et nous unir à lui. Le Christ n’a-t-il pas dit à ses disciples ( Math. 24 , 28 ) : Partout où sera le corps , ici se rassembleront les aigles - et l’Apôtre n’aspirait-il pas à mourir pour être avec le Christ ( Cf. Phil. 1 , 23 ). Sans aucun doute , si nous méditons l’Incarnation du Verbe , nous ferons grandir en nous le désir de partir pour être avec le Seigneur.


  23. Article 4 : JE CROIS EN JÉSUS , QUI A SOUFFERT SOUS PONCE-PILATE , A ÉTÉ CRUCIFIÉ , EST MORT ET A ÉTÉ ENSEVELI.    Retour   Haut



  24. Comme il est nécessaire au chrétien de croire à l’Incarnation du Fils de Dieu , » il lui faut croire également à sa passion et à sa mort « . Naître ne nous eût été utile en rien , disait en effet saint Grégoire , si nous n’avions pas été rachetés . Or , le fait que le Christ soit mort pour nous est une vérité très élevée que notre intelligence peut à peine saisir ; bien plus , elle ne viendrait même pas à l’esprit.

    C’est ce qu’affirme saint Paul ( Actes 13 , 41 ) :
    Je vais , dit Dieu , accomplir une oeuvre en vos jours , une oeuvre telle que vous ne croiriez pas , si on vous la racontait.

    Et de même Habacuc ( J , 5 ) Une oeuvre a été accomplie en vos jours , que personne ne croira quand on la lui racontera. La grâce de Dieu en effet et son amour pour nous sont si grands que ce qu’il a fait pour nous dépasse ce que nous pouvons comprendre.


  25. Cependant , nous ne devons pas croire que le Christ a souffert la mort de telle manière que sa divinité soit morte ; en lui c’est sa nature humaine qui subit la mort. Il est mort , en effet , non en tant que Dieu , mais en tant qu’homme .

  26. Voici trois exemples qui mettront en lumière cette vérité .
    Nous puiserons le premier en nous-mêmes .
    Lorsqu’un homme meurt , son âme en se séparant du corps ne meurt pas , c’est son corps , sa chair , qui subit la mort . De même , dans la mort du Christ , la divinité n’a pas été atteinte , mais bien la nature humaine.

  27. On peut objecter : les Juifs n’ont pas tué la divinité du Christ , ils n’ont pas commis , semble-t-il , un plus grand péché en mettant à mort Jésus , que s’ils avaient tué un autre homme.

  28. Il faut répondre : Supposons un roi revêtu d’un vêtement . Si quelqu’un souillait ce vêtement , il tomberait dans une faute aussi grande que s’il souillait le roi en personne . Ainsi les Juifs ne purent pas tuer Dieu mais , parce qu’ils mirent à mort la nature humaine assumée par le Christ , ils furent châtiés aussi sévèrement que s’ils avaient tué la divinité.

  29. Voici le troisième exemple : Comme nous l’avons dit plus haut , le Fils de Dieu est le Verbe de Dieu et on peut comparer ce Verbe ( ou Parole ) de Dieu incarné à une parole de roi écrite sur une feuille de papier. Si donc quelqu’un déchirait le papier où est écrite la parole du roi , il ferait une faute aussi grave que s’il déchirait la parole du roi . C’est pourquoi le péché des Juifs mettant à mort l’Homme-Dieu est aussi grand que s’ils avaient tué le Verbe même de Dieu.

  30. Mais quelle nécessité y avait-il à ce que le Verbe de Dieu souffrît pour nous ? C’était très nécessaire et nous pouvons donner deux raisons de cette nécessité. Les souffrances du Christ , en effet , étaient nécessaires , en premier lieu comme remède à nos péchés et , en second lieu , comme modèle de nos actions.

  31. Et d’abord , ses souffrances nous sont un remède . En effet , dans la passion du Christ , contre tous les maux que nous encourons par le péché , nous trouvons un remède.

  32. Or , le péché nous fait encourir cinq maux :

  33. Premièrement : une souillure ; l’homme en effet , par le péché , souille son âme car , comme la vertu est la beauté de l’âme , le péché est sa souillure. D’où vient , Israël , est-il dit au Livre de Baruch ( 3 , 10 ) , d’où vient que tu es dans le pays de tes ennemis , que tu te souilles avec les morts ? Mais cette souillure , la passion du Christ la fait disparaître ; le Christ , en effet , par sa passion , a préparé un bain dans son sang pour y laver les pécheurs. Il nous a lavés de nos péchés , dit saint Jean ( Apoc. 1 , 5 ) , dans son sang. Or l’âme est lavée par le sang du Christ au baptême , car le baptême tire sa force régénératrice du sang du Christ. Aussi quiconque se souille par le péché fait injure au Christ , et son péché est plus grand que s’il avait été commis avant le baptême , suivant ces paroles de l’épître aux Hébreux ( 10 , 28-29 ) : Si celui qui a violé la Loi de Moïse est impitoyablement mis à mort , sur la déposition de deux ou trois témoins , quel châtiment plus grave ne pensez-vous pas que doive encourir celui qui a foulé aux pieds le Fils de Dieu et tenu pour profane le sang de l’alliance ?

  34. En second lieu : par le péché nous encourons la disgrâce de Dieu.
    De même , en effet , que l’homme charnel aime la beauté charnelle , ainsi Dieu , lui , aime la beauté spirituelle , qui est la beauté de l’âme.
    Quand donc l’âme se souille par le péché , Dieu est offensé et il prend en haine le pécheur. Dieu , dit en effet la Sagesse , ( 14 , 9 ) hait l’impie et son impiété. Mais cette haine , le Christ l’efface par sa passion. Par elle , en effet , il a satisfait à Dieu le Père pour le péché. Car l’homme de lui-même ne pouvait pas satisfaire pour ses fautes ; Jésus a bien satisfait , parce que sa charité et son obéissance furent plus grandes que le péché du premier homme et sa désobéissance. Alors que nous étions les ennemis de Dieu , dit saint Paul ( Rom. 5 , 10 ) , nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils.

  35. En troisième lieu , le péché nous affaiblit. Car l’homme , après un premier manquement , croit pouvoir ensuite se garder du péché mais tout le contraire lui arrive ; la première faute en effet l’affaiblit et le rend plus enclin à pécher ; ainsi le péché le domine davantage et , autant qu’il dépend de lui , il se met dans une situation telle que , sans la puissance divine , il ne peut se relever ; il est comme un homme qui se jetterait dans un puits. Après le péché notre nature fut donc affaiblie et corrompue , et l’homme se trouva plus enclin à pécher. Mais le Christ a diminué cette faiblesse et cette infirmité , bien qu’il ne l’ait pas supprimée entièrement.
    Sa passion a fortifié l’homme et affaibli le péché , si bien que nous ne sommes plus autant dominés par lui ; aidés par la grâce de Dieu , que nous confèrent les sacrements , dont l’efficacité vient de la passion du Christ , nous pouvons faire des efforts efficaces pour nous dégager du péché. Notre vieil homme , dit l’Apôtre ( Rom. 6. 6 ) , a été crucifié avec le Christ , pour que fût détruit le corps de péché. Avant la passion du Christ , en effet , on trouvait peu d’hommes vivant sans péché mortel , mais , après , beaucoup vécurent et vivent exempts du péché mortel.

  36. En quatrième lieu , par le péché , nous encourons l’obligation à une peine. La justice divine exige que quiconque pèche soit puni , et ce châtiment doit se mesurer d’après la faute. Et comme la faute du péché mortel est infinie ; par elle , en effet , le pécheur s’élève contre le bien infini , c’est-à-dire Dieu , dont il méprise les préceptes - le châtiment dû au péché mortel sera lui-même infini. Mais le Christ , par sa passion , nous a enlevé cette peine ; lui-même l’a subie à notre place. Comme l’écrit saint Pierre dans sa première épître ( 2 , 24 ) : Il a porté lui-même dans son corps nos péchés ( c’est-à-dire la peine de nos péchés ). Car la vertu de la passion du Christ est si grande qu’elle suffirait à expier les péchés du monde entier , même si leur nombre était infini. C’est pourquoi , les baptisés sont purifiés de tous leurs péchés. De là vient aussi que le prêtre remet les péchés , et que quiconque se conforme davantage à la passion du Christ reçoit un pardon plus complet et mérite plus de grâce.

  37. En cinquième lieu , le péché est cause de notre bannissement » du royaume « de Dieu. Ceux en effet qui offensent les rois sont forcés de quitter leur royaume. Ainsi Adam , à cause de son péché et aussitôt après l’avoir commis , fut chassé du paradis dont la porte fut fermée. Mais le Christ par sa passion a ouvert cette porte et il a rappelé les exilés dans le royaume. En effet , quand le côté du Christ fut ouvert , la porte du paradis le fut aussi et par l’effusion de son sang la souillure du pécheur fut effacée ; Dieu fut apaisé , la faiblesse de l’homme guérie , sa peine expiée et les exilés rappelés dans le royaume. C’est pourquoi le Christ déclara aussitôt au bon larron qui l’implorait ( Luc 23 , 43 ) : Aujourd’hui même , tu seras avec moi dans le paradis.

    Ceci ne fut pas dit auparavant à qui que ce soit , ni à Adam , ni à Abraham , ni à David ; mais « aujourd’hui » , c’est-à-dire , dès que la porte du paradis fut ouverte , le bon larron implora son pardon et l’obtint. C’est pourquoi l’Apôtre pouvait écrire aux Hébreux ( 10 , 19 ) : Nous avons la liberté d’entrer avec confiance dans le sanctuaire par le sang du Christ. Comme nous venons de le montrer , la passion du Christ était donc un remède très utile contre les maux que nous encourons par le péché. Mais son utilité n’est pas moins grande pour nous servir d’exemple.

  38. LE CHRIST , EXEMPLE DES VERTUS

    La passion du Christ , dit saint Augustin , suffit à nous instruire complètement de la manière dont nous devons vivre.
     Quiconque en effet veut mener une vie parfaite , n’a rien d’autre à faire que de mépriser ce que le Christ a méprisé sur la croix et de  désirer ce qu’il a désiré. 

  39. Il n’est pas en effet un seul exemple de vertu que ne nous donne la croix. Cherchez-vous un exemple de charité ? Personne , dit le Christ ( Jean 15 , 13 ) , ne possède une charité plus grande que celui qui livre sa vie pour ses amis. C’est ce que lui-même a accompli sur la croix. Si donc il a donné sa vie pour nous , il ne doit pas nous être pénible de supporter pour lui n’importe quel mal. Le Psalmiste n’a-t-il pas chanté ( Ps. 115 , 12 ) : Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu’il m’a donné.

  40. Cherchez-vous un exemple de patience ? Vous en trouverez un très excellent sur la croix. Deux caractères manifestent la grandeur de la patience : ou bien souffrir patiemment de grands maux , ou endurer ceux qu’on pourrait éviter mais qu’on ne cherche pas à éviter. Or le Christ sur la croix a enduré de grandes souffrances. Aussi il peut s’appliquer les paroles de Jérémie dans ses Lamentations ( 1 , 12 ) : O vous tous , qui passez par le chemin , regardez et voyez s’il y a une douleur semblable à ma douleur. Et ses grandes souffrances , le Christ les a souffertes avec patience , lui qui , maltraité , dit saint Pierre ( I , 2 , 23 ) , ne faisait pas de menaces. Il était , déclare Isaïe ( 53 , 7 ) comme la brebis que l’on mène à la tuerie , et semblable à l’agneau muet devant ceux qui le tondent.

    En outre , le Christ aurait pu éviter ses souffrances , et il ne l’a pas fait. Lui-même le dit à son Apôtre Pierre lors de son arrestation à Gethsémani ( Mt. 26 , 53 ) : Crois-tu que je ne puisse prier mon Père et il me donnerait aussitôt plus de douze légions d’anges ? Grande fut donc la patience du Christ sur la croix. Aussi l’Apôtre écrit-il aux Hébreux ( 12 , 1-2 ) : Courons avec patience vers le combat qui nous est préparé , les yeux fixés sur Jésus , l’auteur de notre foi qui la conduit à son achèvement , lui qui , alors que la joie lui était offerte , a souffert la croix sans regarder à la honte.

  41. Cherchez-vous un exemple d’humilité ? Regardez le crucifié . Dieu en effet voulut être jugé sous Ponce-Pilate et mourir. Votre cause , Seigneur , pouvons-nous lui dire , a été jugée comme celle d’un impie ( cf. Job 36 , 17 ) . Oui , vraiment comme celle d’un impie , car ses ennemis ont pu se dire entre eux ( Sag. 2. 20 ) : Condamnons-le à une mort honteuse. Le Seigneur voulut donc mourir pour son serviteur et la vie des anges , s’immoler pour l’homme. Comme l’Apôtre l’écrit aux Philippiens ( 2 , 8 ) : Le Christ Jésus s’est abaissé lui-même , se faisant obéissant jus qu’à la mort , et à la mort de la croix.

  42. Cherchez-vous un exemple d’obéissance ? Suivez celui qui s’est fait obéissant à son Père jusqu’à la mort. L’Apôtre dit en effet aux Romains ( 5 , 19 ) : De même que , par la désobéissance d’un seul homme , la multitude fut constituée pécheresse , ainsi par l’obéissance d’un seul la multitude sera constituée juste.

  43. Cherchez-vous un exemple de mépris des biens de la terre ? Suivez celui qui est le Roi des rois , le Seigneur des seigneurs , en qui se trouvent tous les trésors de la sagesse ( Col 2 , 3 ) et qui , cependant , sur la croix , apparaît nu , objet de moquerie , est conspué , frappé , couronné d’épines , abreuvé de fiel et de vinaigre et mis à mort. Ne vous laissez donc pas émouvoir par les habits et par les richesses , car les soldats se partagèrent mes vêtements ( Ps 21 , 19 ). Ne vous laissez pas émouvoir non plus , ni par les honneurs , car « moi , Jésus , j’ai été l’objet de leurs risées et de leurs coups » , ni par les dignités , parce qu’ils tressèrent une couronne d’épines et la placèrent sur ma tête » , ni par les délices , car dans ma soif , ils me firent boire du vinaigre ( Ps. 68 , 22 ). Au sujet de ces paroles de l’épître aux Hébreux ( 12 , 2 ) Jésus , alors que la joie lui était offerte , a souffert la croix sans regarder à la honte . Saint Augustin écrit : L’Homme-Dieu Jésus-Christ a méprisé tous les biens de la terre pour nous apprendre que nous devons les mépriser.


  44. Article 5 : JÉSUS-CHRIST EST DESCENDU AUX ENFERS ( 2 ) LE TROISIÈME JOUR IL EST RESSUSCITÉ DES MORTS.   Retour   Haut

  45. Comme nous l’avons dit , la mort du Christ a consisté , comme pour les autres hommes , dans la séparation de son âme d’avec son corps mais la divinité était unie de façon si indissoluble au Christ homme , que , malgré la séparation de son âme d’avec son corps , la divinité elle-même s’est trouvée toujours parfaitement présente et unie à l’un et à l’autre ; c’est pourquoi le Fils de Dieu fut dans le sépulcre avec son corps et il est descendu aux enfers avec son âme.

  46.   Le Christ est descendu aux enfers avec son âme pour quatre motifs. Le premier motif ,   ce fut de supporter toute la peine due au péché , afin , par là , de l’expier entièrement. Or la peine du péché de l’homme ne consistait pas seulement dans la mort du corps , mais aussi dans la souffrance de l’âme. L’âme , en effet , elle aussi , avait péché , et elle était également punie par la privation de la vision de Dieu.

    C’est pourquoi , avant l’avènement du Christ , tous , même les saints Patriarches , descendaient après leur mort aux enfers. Le Christ , pour souffrir toute la peine due aux pécheurs , voulut donc , non seulement mourir , mais aussi descendre avec son âme aux enfers. Aussi déclare-t-il ( Ps. 87 , 5-6 ) : On me compte parmi ceux qui descendent dans la fosse : je suis comme un homme sans secours , libre parmi les morts. Les autres , en effet , étaient là comme des esclaves , mais le Christ y était comme une personne jouissant de la liberté.

  47.   Le second motif   de la descente du Christ aux enfers , ce fut de secourir parfaitement tous ses amis. Il possédait en effet des amis non seulement dans le monde , mais aussi dans les enfers. Car vous êtes les amis du Christ , dans la mesure où vous avez la charité. ( Or , dans les enfers , il y en avait beaucoup qui étaient morts avec la charité et la foi au Christ qui devait venir ) ce fut le cas , par exemple , d’Abraham , d’Isaac , de Jacob , de Moïse , de David et des autres hommes justes et parfaits. Et parce que le Christ avait visité les siens dans le monde et les avait secourus par sa mort , il voulut aussi visiter les siens qui étaient dans les enfers , et les secourir par sa descente auprès d’eux. Je pénétrerai toutes les profondeurs de la terre , je visiterai tous ceux qui dorment , et j’illuminerai tous ceux qui espèrent dans le Seigneur ( Eccli. 24 , 45 ).

  48.   Le troisième motif   de la descente de Jésus aux enfers fut de triompher complètement du diable. En effet , quelqu’un triomphe complètement d’un adversaire , non seulement quand il l’emporte sur lui sur le champ de bataille , mais aussi quand il l’attaque jusque dans sa propre maison et qu’il la lui ravit ainsi que le siège même de son empire. Or le Christ avait triomphé dans sa lutte contre le diable et il l’avait vaincu sur la croix ; c’est pourquoi il déclara ( Jean 12 , 31 ) : C’est maintenant le jugement de ce monde ; c’est maintenant que le Prince de ce monde à savoir le diable va être jeté dehors. Aussi pour triompher de lui complètement , il voulut lui enlever le siège de son royaume et l’enchaîner dans sa demeure , qui sont les enfers. C’est pourquoi il y descendit et il lui ravit tous ses biens , il l’enchaîna et lui enleva sa proie. Saint Paul écrit en effet aux Colossiens ( 2 , 15 ) : « Il a dépouillé les Principautés et les Puissances et , avec résolution , il les a traînées dans le déploiement de son propre triomphe. »

    Le Christ avait reçu en sa possession le ciel et la terre , et toute puissance lui avait été donnée sur l’un et sur l’autre ; pareillement , il voulut aussi recevoir les enfers en sa possession.   Et ainsi s'accomplit ce qu’écrira l’Apôtre aux Philippiens ( 2 , 10 ) : Qu’au nom  de Jésus , tout genou fléchisse aux cieux , sur terre et aux enfers et Jésus lui-même avait dit : En mon nom , ils expulseront les  démons  ( Mc 16 , 17 ).