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Article 1 : JE CROIS EN UN SEUL DIEU , LE PERE TOUT-PUISSANT , CRÉATEUR DU CIEL ET DE LA TERRE.
Article 2 : JE CROIS AUSSI EN JÉSUS-CHRIST , LE FILS UNIQUE DU PÈRE , NOTRE SEIGNEUR.
Article 3 : JE CROIS EN JÉSUS (...) QUI A ÉTÉ CONÇU DU SAINT-ESPRIT , EST ISSU DE JOSEPH ET DE MARIE.
Article 4 : JE CROIS EN JÉSUS , QUI A SOUFFERT SOUS PONCE-PILATE , A ÉTÉ CRUCIFIÉ , EST MORT ET A ÉTÉ ENSEVELI.
Article 5 : JÉSUS-CHRIST EST DESCENDU AUX ENFERS ( 2 ) LE TROISIÈME JOUR IL EST RESSUSCITÉ DES MORTS.
Article 6 : (JE CROIS EN JÉSUS-CHRIST) QUI EST MONTÉ AUX CIEUX , EST ASSIS A LA DROITE DE DIEU LE PÈRE TOUT-PUISSANT.
Article 7 : DE LA ( c’est-à-dire de la droite du Père ) , JÉSUS VIENDRA JUGER LES VIVANTS ET LES MORTS.
    I. De la forme du jugement du Christ.
    2. De la crainte que doit nous inspirer le jugement de Jésus-Christ.
Article 8 : JE CROIS AU SAINT-ESPRIT
Article 9 : JE CROIS EN LA SAINTE ÉGLISE CATHOLIQUE.
Article 10 : JE CROIS A LA COMMUNION DES SAINTS , A LA RÉMISSION DES PÉCHÉS.
Article 11 : JE CROIS A LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR.
Article 12 : JE CROIS A LA VIE ÉTERNELLE. AMEN.

CREDO : Je crois en un seul Dieu , Le Père tout-puissant , créateur du ciel et de la terre , de l’univers visible et invisible. Je crois en un seul Seigneur , Jésus Christ , le Fils unique de Dieu , né du Père avant tous les siècles. Il est Dieu , né de Dieu , lumière née de la lumière , vrai Dieu , né du vrai Dieu , Engendré , non pas créé , de même nature que le Père ; et par lui tout a été fait. Pour nous les hommes , et pour notre salut , il descendit du ciel ; Par l’Esprit Saint , il a pris chair de Joseph et de Marie , et s’est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate , il souffrit sa Passion et fut mis au tombeau. Il ressuscita le troisième jour , conformément aux écritures , et il monta au ciel ; il est assis à la droite du Père. Il reviendra dans la gloire , pour juger les vivants et les morts ; et son règne n’aura pas de fin. Je crois en l’Esprit Saint , qui est Seigneur et qui donne la vie : il procède du Père et du Fils ; Avec le Père et le Fils il reçoit même adoration et même gloire. Il a parlé par les prophètes. Je crois en l’Eglise , une , sainte , catholique et apostolique. Je crois à la communion des saints , à la rémission des péchés , à la résurrection de la chair , à la vie éternelle. Amen

COMMENTAIRE DU CREDO


PROLOGUE

  1. La foi est le premier bien nécessaire au chrétien. Sans elle , personne ne mérite le nom de chrétien fidèle.
    La foi produit quatre biens.

  2. I Premièrement c’est par la foi que l’âme est unie à Dieu. Par elle , en effet , l’âme chrétienne contracte avec Dieu une sorte de mariage , conformément à cette parole du Seigneur à Israël (Osée , 2 , 2~. ) : Je t’épouserai dans la foi.

    Aussi , lors de la réception de son baptême , l’homme confesse-t-il d’abord sa foi , en réponse à la question qui lui est posée : croyez-vous en Dieu ? La raison en est que le baptême est d’abord le sacrement de la foi. Le Seigneur lui-même le dit ( Marc 16 , 16 ) : Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. Car sans la foi le baptême est inutile. Aussi il faut le savoir sans la foi , nul n’est agréable à Dieu , comme l’Apôtre le déclare aux Hébreux ( 11 , 6 ) : Il est impossible , sans la foi , de plaire à Dieu. C’est pourquoi saint Augustin dans son commentaire de cette parole ( Rom. 14 , 23 ) : tout ce qui ne procède pas de la foi est péché , écrit : « Là où fait défaut la connaissance de la vérité immuable et éternelle , il n’y a pas de vertu véritable. »

  3. II. Le second bien produit par la foi , c’est de commencer en nous la vie éternelle. Car la vie éternelle n’est rien d’autre que de connaître Dieu , selon la parole du Seigneur ( Jn. 17 , 3 ) La vie éternelle , c’est qu’ils vous connaissent vous , le seul vrai Dieu. Cette connaissance de Dieu qui s’inaugure ici-bas par la foi atteindra sa perfection dans la vie future , où nous le connaîtrons tel qu’il est. Aussi est-il écrit dans l’épître aux Hébreux ( 11 , 1 ) : La foi est la substance des réalités espérées. Personne donc ne peut parvenir à la béatitude éternelle , qui consiste à connaître Dieu véritablement , si d’abord il ne le connaît par la foi.
    Aussi le Seigneur déclare-t-il ( Jn. 20 , 29 ) : Bienheureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru.

  4. III. Le troisième bien opéré par la foi , c’est de diriger la vie présente. L’homme en effet , pour bien vivre , a besoin de savoir ce qui est nécessaire pour mener une vie vertueuse ; et s’il devait apprendre par l’étude toutes les choses nécessaires pour bien vivre , l’homme ne pourrait pas y parvenir ou bien il n’y parviendrait qu’au bout d’un temps considérable. Or précisément , la foi enseigne tout ce qu’il faut savoir pour vivre sagement. Elle nous apprend en effet l’existence du Dieu unique , elle nous révèle que Dieu récompense les bons et punit les méchants , qu’il existe une autre vie , et autres choses semblables. Ces connaissances nous incitent suffisamment à faire le bien et à éviter le mal. Mon juste , dit en effet le Seigneur ( Habacuc , 2 ,4 ) vit par la foi. Et cela est si manifeste qu’aucun philosophe , avant l’avènement du Christ , par tous ses efforts , ne put en savoir autant sur Dieu et les vérités nécessaires à la vie éternelle , qu’une vieille femme après l’avènement du Christ au moyen de sa foi. C’est pourquoi le prophète Isaïe a écrit ( 11 , 9 ) : la terre a été remplie de la connaissance de Dieu.

  5. IV. La foi produit un quatrième bien , à savoir la victoire sur les tentations , comme le déclare l’épître aux Hébreux ( 11 , 33 ) : Les saints , par la foi , ont vaincu des royaumes. La vérité de cette assertion est manifeste , car toute tentation vient soit du diable , soit du monde , soit de la chair. Le diable en effet nous tente pour nous empêcher d’obéir à Dieu et de nous soumettre à lui. Or , c’est par la foi que nous repoussons la suggestion du malin , car , par elle , nous savons que Dieu est le Maître de tout et donc que nous lui devons obéissance. Aussi saint Pierre déclare-t-il ( 1. 5 , 8 ) : Votre adversaire , le diable , est là qui rôde , cherchant qui dévorer , résistez-lui , fermes dans la foi.

    Quant au monde , il nous tente en nous séduisant par ses biens , et en nous terrifiant par ses adversités. Mais la foi nous donne de triompher de ses assauts , en nous faisant croire à la réalité d’une vie meilleure que la vie présente. Voilà pourquoi , grâce à la foi , les prospérités de ce monde , nous les méprisons , et ses adversités , nous ne les redoutons pas , comme l’écrit saint Jean ( 1. 5 , 4 ) : La victoire qui nous rend vainqueurs du monde , c’est notre foi , et la foi nous donne également la victoire en nous enseignant qu’il’ y a des maux plus grands : ceux de l’enfer. Enfin , la chair , elle aussi , nous tente en nous entraînant vers les délectations passagères de la vie présente. Mais la foi nous montre que par ces délectations , si nous nous y attachons indûment , nous perdons les délices de l’éternité. Aussi l’Apôtre nous donne-t-il cet avertissement ( Ephes , 6. 16 ) : Tenez toujours en main le bouclier de la foi. Ce que nous venons de dire , touchant les biens produits en nous par la foi , nous montre clairement sa très grande utilité.

  6. Mais on peut objecter : il est absurde de croire à ce qu’on ne voit pas ; donc nous ne devons pas croire à ce que nous ne voyons pas.

  7. On peut donner quatre réponses à cette objection. Voici la première difficulté : l’imperfection de notre intelligence la réduit à néant : car si l’homme pouvait parfaitement connaître par lui-même toutes les réalités visibles et invisibles , ce serait sottise de croire à ce que nous ne voyons pas. Mais notre connaissance est si débile qu’aucun philosophe n’a jamais pu découvrir parfaitement la nature d’un seul insecte. Aussi lisons-nous qu’un philosophe vécut trente ans dans la solitude pour connaître la nature de l’abeille. Si donc notre intelligence est si faible , n’est-il pas insensé de ne vouloir croire de Dieu que ce que l’homme peut connaître par lui-même. C’est pourquoi nous lisons à ce sujet dans Job ( 36 , 26 ) : Dieu est si grand , qu’il dépasse notre science.

  8. Je réponds en 2ème lieu : Faisons l’hypothèse suivante : un professeur avance une vérité , acquise par sa science , devant un homme inculte , et voici que ce dernier nie cette vérité parce qu’il ne la comprend pas , que dira-t-on de cet homme inculte , sinon qu’il est très sot. Or , c’est un fait , l’intelligence des anges dépasse l’intelligence des philosophes beaucoup plus que l’intelligence du philosophe le meilleur ne dépasse l’intelligence de l’homme sans aucune culture. C’est pourquoi le philosophe qui refuserait de croire aux dires des Anges serait un sot ; à fortiori le serait-il s’il refusait de croire ce que Dieu affirme. A ce sujet , il est dit dans l’Ecclésiaste ( 3 , 25 ) Mon fils , on vous a montré des vérités nombreuses qui surpassent l’intelligence des hommes.

  9. Voici ma 3ème réponse : Si un homme voulait croire seulement à ce qu’il connaît , il lui serait certainement impossible de vivre en ce monde. Comment en effet pourrait-il vivre , s’il ne croyait personne ? Il ne croirait même pas que l’homme qui est véritablement son père est bien son père. C’est pourquoi il est nécessaire à l’homme de croire autrui au sujet des réalités qu’il ne peut connaître parfaitement par lui-même . Mais personne n’est plus digne de foi que Dieu ; aussi , ceux qui ne croient pas les vérités de la foi , loin d’être des sages , sont des sots et des orgueilleux. L’Apôtre écrit en effet dans la 1re épître à Timothée ( 6 , 3-4 ) Celui qui ne s’attache pas aux saintes paroles de notre Seigneur Jésus-Christ est un orgueilleux et un ignorant. C’est pourquoi saint Paul dit dans sa 2ême épître ( 1 , 12 ) à ce même disciple : Je sais en qui j’ai cru et je n’en doute pas. Et de son côté l’Ecclésiaste dit ( 2 ,8 ) Vous qui craignez le Seigneur , croyez-le.

  10. On peut encore répondre que Dieu prouve la vérité des enseignements de la foi. Si un roi en effet envoyait des lettres scellées de son sceau , personne n’oserait dire que ces lettres ne proviennent pas de la volonté de ce roi. Or tout ce que les Pères ont cru et nous ont transmis dans le domaine de la foi est visiblement marqué du sceau de Dieu . Ce sceau divin , ce sont les oeuvres que nulle pure créature ne peut accomplir et que nous appelons les miracles , C’est par eux que le Christ a confirmé les enseignements de ses apôtres et de ses saints.

  11. Si vous me dites des miracles , personne n’en a vu l’accomplissement , je vous réponds : Le monde tout entier adorait les idoles et persécutait la foi du Christ. C’est là un fait certain , attesté même par les historiens païens . Cependant , actuellement , tous , et les sages et les nobles , et les riches et les puissants et les grands , se sont convertis au Christ , par la prédication d’un petit nombre de pauvres et de simples leur annonçant Jésus-Christ. De deux choses l’une , ou bien ceci a été fait à l’aide de miracles , ou bien non. Si oui , j’ai répondu à votre objection. Et si c’est non , je dis qu’il ne peut pas y avoir de plus grand miracle que de convertir le monde entier sans miracles. Ne cherchons donc pas d’autre démonstration.

  12. Ainsi donc , nul ne doit douter de la foi , mais tous doivent croire davantage aux vérités de la foi qu’à ce qu’ils voient car la vue de l’homme est sujette à l’erreur , tandis que la science de Dieu est toujours infaillible.


  13. Article 1 : JE CROIS EN UN SEUL DIEU , LE PÈRE TOUT-PUISSANT , CRÉATEUR DU CIEL ET DE LA TERRE.    Retour   Haut

  14. La première de toutes les vérités que doivent croire les fidèles est celle-ci : il existe un seul Dieu. Or il convient d’examiner attentivement la signification de ce » Dieu « . Le sens de ce terme « Dieu » est sans aucun doute : Celui qui pourvoit au bien de toutes choses et les gouverne. Croire que Dieu gouverne tous les êtres de ce monde et pourvoit à leur bien , c’est donc croire à l’existence de Dieu. Par contre , croire que tout arrive par hasard , c’est nier la réalité de l’existence divine. Cependant , personne n’est assez insensé pour ne pas croire que les êtres de la nature sont soumis à une providence , qu’ils sont gouvernés et ordonnés par elle , alors qu’ils se succèdent selon un certain ordre et selon le rythme des temps. Nous voyons en effet le soleil , la lune , les étoiles et les autres êtres de la nature conserver un cours déterminé ; ce qui n’arriverait pas , s’ils étaient l’effet du hasard. Si donc il existait quelqu’un qui ne crût pas en l’existence de Dieu , ce serait un insensé. Le Psalmiste déclare en effet ( Ps. 13 , 1 ) : Le fou dit en son coeur : « Il n’y a pas de Dieu. »

  15. Que Dieu gouverne et ordonne les réalités naturelles , certains le croient qui , en même temps , nient l’action de la Providence divine sur les actes humains ; ils sont persuadés que Dieu ne gouverne pas les actions des hommes parce qu’en ce monde ils voient les bons dans l’affliction et les mauvais dans la prospérité. Pour eux , un tel état de choses est la preuve certaine de l’inexistence de l’action d’une providence s’exerçant en faveur des hommes : c’est pourquoi , le Livre de Job ( 22 , 14 ) les fait s’exprimer ainsi : Dieu se promène sur les chemins du ciel : il se désintéresse de nos affaires. Ceux qui pensent ainsi sont extrêmement sots. On peut les comparer à un homme ignorant l’art de la médecine qui , voyant un médecin donner de l’eau à boire à un malade , et à un autre malade du vin , conformément aux règles de la science médicale , croirait , dans son ignorance , que le médecin a agi au hasard et non pour un juste motif.

  16. De même , en effet , Dieu dispose les choses nécessaires aux hommes par sa Providence pour de justes motifs : ainsi il afflige des bons et laisse des méchants jouir de la prospérité. Celui donc qui croit qu’un tel état de choses est l’effet du hasard est un insensé , et il est réputé tel , car cette erreur ne provient que de son ignorance de la sagesse et des raisons du gouvernement divin.

    C’est à son propos qu’il est dit au Livre de Job ( 11 , 6 ) : Plût à Dieu qu’il te révèle les secrets de sa sagesse et la multiplicité de ses desseins. Il faut donc croire fermement que Dieu gouverne et dispose non seulement les réalités naturelles , mais également les actes humains. On lit à ce sujet dans le Psaume 93 ( 7-10 ) : Les méchants disent : Dieu ne voit pas , le Dieu de Jacob ne fait pas attention. Comprenez donc , stupides entre tous / et vous insensés , quand aurez-vous l’intelligence ? Celui qui a planté l’oreille n’entendrait pas ? Celui qui a façonné l’oeil ne verrait pas ?. . . Le Seigneur connaît les pensées des hommes. Dieu donc voit toutes choses , aussi bien les pensées des hommes que leurs volontés secrètes. D’où notamment naît pour les hommes un devoir de bien agir , puisque tout ce qu’ils pensent et accomplissent est exposé à ce regard divin.
    L’apôtre le dit bien ( Hebr. 4 , 13 ) : Tout est à nu et à découvert devant ses yeux.

  17. Or nous devons croire que ce Dieu qui gouverne et dispose toutes choses est un Dieu unique. En voici la preuve : le gouvernement des choses humaines est bien ordonné , lorsqu’un seul homme gouverne et régit la multitude. Souvent en effet , le grand nombre des chefs provoque des dissensions parmi les subordonnés. Comme le gouvernement divin est supérieur au gouvernement humain , il est donc évident que le monde n’est pas régi par plusieurs dieux , mais par un seul.


  1.   Il y a quatre raisons qui ont déterminé les hommes à croire à la pluralité des dieux.      Retour   Haut

    La première est la faiblesse de leur intelligence. Il y eut en effet des hommes que la débilité de leur intelligence rendait incapables de s’élever au-dessus des êtres corporels ; ils crurent que rien n’existait au delà de la nature des corps sensibles : en conséquence ils admirent que les corps les plus beaux et les plus nobles l’emportaient sur le reste du monde et le gouvernaient ; aussi leur consacrèrent-ils un culte divin. Au nombre des créatures , objet de leurs adorations , se trouvèrent les corps célestes , à savoir le soleil , la lune et les étoiles.

    Mais ces hommes insensés sont , à la vérité , semblables à quelqu’un qui se rendrait à la cour d’un roi , avec le désir de le voir , et qui s’imaginerait que le premier homme , bien habillé ou chargé d’une fonction , qu’il rencontrerait , serait le roi lui-même. Ces gens , dit la Sagesse ( 13 , 2 ) ont regardé le soleil , la lune , le cercle des étoiles , comme des dieux gouvernant l’univers. Mais Dieu leur déclare ( Is 51 , 6 ) Levez les yeux vers le ciel , et regardez en bas vers la terre . Les cieux en effet se dissiperont comme une fumée , et la terre s’usera comme un vêtement , et ses habitants périront de même mais mon salut sera éternel et ma justice n’aura pas de fin.

  2. En second lieu , les hommes multiplièrent les dieux , en adulant leurs semblables. Certains en effet , voulant flatter des puissants et des rois , leur déférèrent les honneurs dus à Dieu seul ; ils leur obéirent , ils s’assujettirent à eux avec excès ; aussi en firent-ils des dieux après leur mort , ou les déclarèrent-ils dieux de leur vivant même. Ainsi nous lisons dans Judith ( 5 , 29 ) Tous les notables d’Holopherne disaient entre eux : que toutes les nations sachent que Nabuchodonosor est le Dieu de la terre et qu’en dehors de lui il n’y a pas de Dieu.

  3. L’affection charnelle pour les enfants et la parenté fut la troisième cause de multiplication des dieux. L’amour excessif de quelques hommes pour les leurs , les poussa en effet à leur ériger des statues après leur mort et les amena ensuite à rendre à ces statues un culte divin. C’est d’eux qu’il est dit au Livre de la Sagesse ( 14 , 21 ) Les hommes imposèrent au bois et à la pierre le nom incommunicable , parce qu’ils cédèrent trop à leur affection ou qu’ils honorèrent exagérément leurs rois.

  4. En quatrième lieu , les dieux se multiplièrent par la malice du diable. Le démon en effet voulut , dès le commencement , s’égaler à Dieu.

    Je placerai , dit-il , mon siège vers l’Aquillon , j’escaladerai les cieux et je serai semblable au Très Haut ( Is. 14 , 13 ). Or cette volonté perverse , Satan ne l’a jamais révoquée ; aussi , tous ses efforts tendent-ils à se faire adorer par les hommes et à les porter à lui offrir des sacrifices , non qu’il prenne ses délices dans un chien ou un chat qui lui seraient offerts , mais il se délecte dans les marques de respect qu’on lui témoigne , comme s’il était Dieu même ; c’est pourquoi il ose dire au Christ ( Mt. 4 , 9 ) Tous les royaumes du monde avec leur gloire , je te les donnerai , si tu tombes à mes pieds et m’adores.

    C’est également pour se faire vénérer comme des dieux que les démons entraient dans les idoles et donnaient par elles des réponses. Aussi est-il dit au Psaume 95 ( 5 ) Tous les dieux des nations sont des démons et l’Apôtre écrit aux Corinthiens ( I Co. 10 , 20 ) Ce que les païens sacrifient , ils le sacrifient aux démons et non à Dieu.


  5. C’est une chose horrible que l’homme adore d’autres dieux que le seul vrai Dieu. Cependant , nombreux sont ceux qui  commettent fréquemment un si grand péché , pour l’un ou l’autre des quatre motifs que nous venons de donner. Certes , ni de  bouche ni de coeur , ils ne professent croire en des dieux multiples , mais leurs actions démontrent le contraire. Ceux en outre  qui pensent que les corps célestes contraignent la volonté des hommes , et qui choisissent pour agir des temps déterminés ,  ceux-là regardent les corps célestes comme des dieux qui règnent sur les autres êtres.   Retour   Haut

    Dieu nous met en garde contre un tel comportement ( Jér. 10 , 2 ) : Ne soyez pas effrayés , déclare-t-il , par les Signes du ciel , comme les nations s’en effraient ; car les coutumes des nations ne sont que vanité. De même , tous ceux qui se soumettent aux rois plus qu’à Dieu , ou qui leur obéissent même lorsque leurs commandements s’opposent à ceux de Dieu , ceux-là font des rois leurs dieux , alors que nous lisons dans les Actes ( 5 , 29 ) : On doit obéir à Dieu plus qu’aux hommes.

  6. Pareillement , ceux qui aiment leurs enfants ou leurs parents plus que Dieu , manifestent par leurs oeuvres qu’ils croient en l’existence de plusieurs dieux. Il en est de même pour ceux qui préfèrent la nourriture à Dieu , c’est d’eux que l’Apôtre dit ( Phil. 3 , 19 ) : Leur Dieu , c’est leur ventre. Ceux aussi qui se livrent à la sorcellerie et aux incantations s’imaginent que les démons sont des dieux , puisqu’ils demandent aux démons ce que Dieu seul peut donner , à savoir la révélation d’une chose cachée ou  la connaissance de choses futures.


  7. Comme nous venons de le dire , en premier lieu , nous devons croire qu’il existe un seul Dieu.
    Il nous faut croire , en second lieu , que ce Dieu est le Créateur , qui a fait le ciel et la terre , les choses visibles et invisibles.

    Laissant de côté pour le moment les raisonnements trop subtils , montrons par un exemple simple la vérité de la proposition : Toutes choses ont été créées et faites par Dieu. Si quelqu’un , à son entrée dans une maison , y sentait de la chaleur , et , pénétrant ensuite plus avant , s’il y sentait une chaleur de plus en plus intense à mesure qu’il avance , il croirait évidemment à l’existence d’un feu dans cette demeure , même s’il ne voyait pas ce feu , source de cette chaleur. Il en va de même pour celui  qui considère les choses de ce monde. Il trouve en effet toutes ces choses disposées selon divers degrés de beauté et de  noblesse , et il constate que plus elles sont proches de Dieu , plus elles sont belles et bonnes.  C’est pourquoi , les corps célestes sont plus beaux et plus nobles que les corps terrestres , les choses invisibles que les choses visibles. Aussi devons-nous croire que toutes ces réalités viennent du Dieu unique , qui donne à chaque chose son existence et son excellence.

    Il est dit au Livre de la Sagesse ( 13 , 1 & 5 ) : Oui , ils sont vains , tous les hommes qui méconnaissent Dieu et qui , par les biens visibles , n’ont pas été capables de connaître celui qui est , ni , par la considération de ses oeuvres , de connaître l’artisan divin ; car la grandeur et la beauté de la créature peuvent faire contempler et connaître le Créateur. Nous devons donc tenir pour certain que tout ce qui est dans le monde vient de Dieu.    Retour    Haut

  1. A ce sujet , nous devons éviter trois erreurs.

    La première , est l’erreur des Manichéens . Ceux-ci disent : toutes les choses visibles ont été créées par le diable ; aussi attribuent-ils à Dieu seulement la création des choses invisibles. Voici la cause de leur erreur : ils affirment conformément à la vérité : Dieu est le souverain Bien , et tout ce qui vient du Bien est bon ; mais dans leur incapacité de discerner ce qu’est le mal et ce qu’est le bien , ils crurent que toutes les choses qui étaient mauvaises d’une certaine manière , étaient mauvaises purement et simplement : ainsi , selon eux , le feu est entièrement mauvais , parce qu’il brûle ; l’eau aussi est entièrement mauvaise , parce qu’elle suffoque ; et il en est de même , à leurs yeux , des autres réalités visibles.    Ainsi , parce qu’aucun des êtres sensibles n’est entièrement bon , mais que tous sont en partie mauvais et déficients ,   les Manichéens dirent : toutes les choses visibles ne furent pas faites par le Dieu bon , mais par le dieu mauvais.

    Pour réfuter ces hérétiques , S. Augustin propose l’exemple suivant : Si quelqu’un entrait dans la maison d’un artisan et y trouvait des outils contre lesquels ils se heurterait et qui le blesseraient , et s’il induisait de là que l’artisan est mauvais parce qu’il possède de tels outils , il serait un sot , puisque cet artisan ne les détient que pour accomplir son ouvrage.Ainsi c’est une absurdité de dire telles créatures sont mauvaises parce qu’elles sont nuisibles en quelque chose : ce qui en effet est nuisible à l’un est utile à l’autre.

    Cette erreur des Manichéens est contraire à la foi de l’Eglise. Pour l’écarter , nous affirmons que Dieu a créé toutes les choses visibles et invisibles. On lit en effet dans la Genèse ( J , 1 ) : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre , et dans l’Evangile de S. Jean ( 1 , 3 ) : Tout a été fait par le Verbe.

  2. A cette affirmation de l’Ecriture sur la création du monde par Dieu s’oppose une deuxième erreur :
    à savoir l’erreur des hommes pour qui le monde est éternel.

    Voici ce que S. Pierre met sur les lèvres de ces gens ( Il , 3 , 4 )

    Depuis que nos Pères sont morts , tout demeure comme depuis le commencement de la création. Ces hommes furent amenés à penser ainsi , parce qu’ils ne surent pas considérer l’origine de ce monde. C’est pourquoi , déclare Maïmonide , ils ressemblent à un enfant qui dès sa naissance aurait été placé dans une île et n’aurait jamais vu ni une femme enceinte ni un enfant venir au monde : si on expliquait à cet enfant , une fois arrivé à l’âge adulte , comment l’homme est conçu et porté dans le sein , et comment il naît , il refuserait d’ajouter foi aux paroles de son interlocuteur , parce qu’il lui paraîtrait impossible qu’un homme puisse être dans le sein de sa mère. De même , ces hommes , considérant l’état du monde présent , se refusent à croire qu’il ait eu un commencement.

    Eux également se mettent en contradiction avec la foi de l’Eglise. Aussi pour repousser leur erreur , nous disons de Dieu qu’il est créateur du ciel et de la terre. Si le ciel et la terre ont été faits , il est évident qu’ils n’ont pas toujours été ; c’est pourquoi il est dit des créatures dans le Psaume 148 , 5 : Dieu commanda et elles furent créées.


  3. La troisième erreur concernant la création est celle des hommes qui déclarent : Dieu a créé le monde d’une matière préexistante. La cause de leur méprise , c’est qu’ils voulurent mesurer la puissance de Dieu d’après notre puissance à nous , hommes. Aussi , comme l’homme ne peut rien faire sans une matière préexistante , ils crurent qu’il en allait de même pour Dieu.

    C’est pourquoi ils affirmèrent : » Dans la production des êtres , Dieu utilise une matière préexistante. «

    Mais cette assertion est fausse. Car si l’homme ne peut rien faire sans une matière préexistante , cela résulte du fait qu’il est cause partielle , qui ne peut que donner telle ou telle forme à une matière déterminée qui lui est fournie par un autre. Sa puissance , en effet , s’étend seulement à la forme : aussi ne peut-il être cause que d’elle seule. Quant à Dieu , lui , il est la cause universelle de toute chose : il ne crée pas seulement la forme , il crée aussi la matière : il a tout fait de rien. C’est pourquoi , pour écarter l’erreur mentionnée plus haut , nous disons : il est le Créateur du ciel et de la terre. Entre créer et faire , il y a en effet cette différence , que créer , c’est faire quelque chose de rien , mais faire , c’est fabriquer ou produire quelque chose à partir d’une matière préexistante. Si donc Dieu a tout fait de rien , nous devons croire qu’il pourrait de nouveau tout créer , si tout était détruit ; c’est pourquoi il peut rendre la vue à un aveugle , ressusciter un mort et opérer d’autres oeuvres miraculeuses. L’auteur du Livre de la Sagesse dit en effet au Seigneur ( 12 , 18 ) : Car la puissance est avec vous quand vous le voulez.     Retour




  4. Cette doctrine a cinq conséquences pratiques .
    Premièrement l’homme est conduit à la connaissance de la Majesté divine.
    En effet l’artisan est supérieur à ses ouvrages : donc , comme Dieu est le Créateur de toutes choses , il l’emporte sans conteste sur toutes ses créatures.

    Nous lisons en effet au Livre de la Sagesse ( 13 , 3-4 )     Retour

    Si les hommes , charmés de la beauté des créatures , les ont prises pour des dieux , qu’ils sachent combien leur Maître l’emporte sur elles : car c’est l’Auteur même de la beauté qui les a faites ; et s’ils en admirèrent la puissance et les effets , qu’ils en déduisent combien plus puissant est celui qui les a formés.   C’est pourquoi tout ce que nous pouvons comprendre et penser de Dieu est au-dessous de lui.   Aussi lisons-nous au Livre de Job ( 36 , 26 ) : Oui , Dieu est grand ; il dépasse notre Science.

  5. Deuxièmement : la considération de Dieu , créateur de toutes choses , porte l’homme à lui rendre grâces. Car si Dieu est créateur de toutes choses , sans aucun doute tout ce que nous sommes , et tout ce que nous possédons vient de Dieu. Qu’as-tu que tu ne l’aies reçu ? disait en effet l’Apôtre aux Corinthiens ( 1 , 4 , 7 ) et nous lisons au Psaume 24 , 1 : Au Seigneur est la terre avec ce qui la remplit , le monde et tous ses habitants. Nous devons donc rendre des actions de grâces à Dieu et répéter après le Psalmiste ( Ps. 115 , 12 ) : Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu’il m’a accordé ?

  6. En troisième lieu : si nous contemplons Dieu comme le Créateur de tous les êtres , nous sommes amenés à pratiquer la patience dans les adversités. En effet , bien que toute créature vienne de Dieu et par le fait même soit bonne selon sa nature : toutefois si l’une d’entre elles nous nuit en quelque chose et nous inflige une peine , nous devons croire que cette peine vient de Dieu. Le péché ne vient cependant pas de lui , car Dieu ne peut être à l’origine que d’un mal qui soit ordonné au bien. Si toute peine que l’homme endure vient de Dieu , il doit donc supporter ces maux avec patience. Les peines en effet nous purifient des péchés , elles humilient les coupables , provoquent les bons à aimer Dieu. Si nous avons reçu des biens de la main de Dieu , disait Job ( 2 , 10 ) , pourquoi n’accepterions-nous pas également des maux ?

  7. En quatrième lieu : contempler Dieu comme Créateur de tout , nous incite à user sagement des créatures. Nous devons en effet utiliser les créatures pour les fins pour lesquelles Dieu les a faites. Or Dieu les a créées dans un double but : d’abord pour sa gloire , car , disent les Proverbes ( 16 , 4 ) : Le Seigneur a fait toutes choses pour lui-même ( c’est-à-dire pour sa gloire ) ; et aussi en second lieu , pour notre utilité , comme le déclare Moïse ( Deut. 4 , 19 )
    Le Seigneur ton Dieu a fait ces créatures pour qu’elles soient au service de toutes les nations.

    Nous devons donc user de ces choses pour la gloire de Dieu , c’est-à-dire pour que , dans l’usage que nous en faisons , nous soyons agréables à Dieu et nous devons nous en servir également pour notre utilité en sorte qu’en les employant nous ne commettions pas de péché. Toutes choses sont vôtres , disait le roi David au Seigneur ( I. Par. 29 , 14 ) et nous vous donnons ce que nous avons reçu de votre main. Donc , tout ce que vous possédez , que ce soit la science ou la beauté , vous devez le rapporter à la gloire de Dieu et l’utiliser pour procurer sa gloire.

  8. La considération de Dieu , Créateur de tout , nous amène en cinquième lieu à la connaissance de la dignité de l’homme. Dieu en effet a créé toutes choses pour l’homme , comme il est dit au Psaume 8 , 8 : Vous avez mis toutes choses sous ses pieds. Et l’homme , après les Anges , est parmi toutes les créatures celle qui ressemble le plus à Dieu. Le Seigneur en effet déclare dans la Genèse ( 1 , 26 ) Faisons l’homme à notre image et ressemblance. A la vérité , Dieu n’a prononcé cette parole , ni à propos du ciel , ni à propos des étoiles , mais bien au sujet de l’homme. Et cette même parole ne vise pas son corps mais son âme incorruptible et douée d’une volonté libre ; c’est par l’âme en effet que l’homme est plus semblable à Dieu que les autres créatures.

    Nous devons donc considérer ceci : l’homme , après les Anges , l’emporte en dignité sur les autres créatures ; aussi , il ne doit en aucune manière amoindrir sa dignité par le péché et l’appétit désordonné des choses corporelles ; ces choses , Dieu les a faites inférieures à nous et les a mises à notre service. Mais nous devons nous comporter dans nos actes conformément au dessein que Dieu avait en vue en nous créant. Dieu en effet a créé l’homme pour dominer sur tous les êtres qui sont sur la terre et pour se soumettre à Dieu. Nous devons donc dominer et soumettre les créatures inférieures à nous et en même temps nous soumettre à Dieu , lui obéir et le servir et par là nous parviendrons à la jouissance de Dieu , ce qu’il daigne nous accorder dans sa miséricorde.


  9. Article 2 : JE CROIS AUSSI EN JÉSUS-CHRIST , LE FILS UNIQUE DU PÈRE , NOTRE SEIGNEUR.    Retour   Haut

  10. Non seulement il est nécessaire aux chrétiens de croire qu’il existe un Dieu unique et que ce Dieu unique est le Créateur du ciel et de toutes choses , mais il leur est également nécessaire de croire que ce Dieu est Père et que le Christ est son Fils véritable. Que Dieu soit Père , et que le Christ soit son Fils , ce n’est pas , comme le dit S. Pierre , une fable , mais une certitude , certitude prouvée par la parole de Dieu sur la montagne. Cet Apôtre déclare en effet dans sa 20° épître ( 1 , 16-18 ) : En effet , ce n’est pas en nous attachant à d’ingénieuses fictions , que nous vous faisons connaître la puissance et la présence de notre Seigneur Jésus-Christ , mais en témoins oculaires de sa Majesté. En effet il reçut honneur et gloire de Dieu le Père , lorsque , de la gloire magnifique , une voix lui parvint : Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui je me complais ; écoutez-le. Et cette voix , nous l’avons entendue nous-mêmes , venue du ciel , quand nous étions avec lui sur la sainte montagne.

    Le Christ Jésus lui-même appelle Dieu son Père en plusieurs circonstances et il se dit le Fils de Dieu ; les Apôtres aussi et les saints Pères mirent parmi les articles de foi cette vérité : le Christ est Fils de Dieu , lorsqu’ils dirent : Je crois aussi en Jésus-Christ , son Fils , c’est-à-dire le Fils de Dieu.

  11. Mais il y eut des hérétiques dont la foi en Jésus Fils de Dieu fut erronée.

    Photin en effet déclare : Le Christ est Fils de Dieu exactement comme ces hommes vertueux qui méritèrent , par leur vie honnête et l’accomplissement de la volonté de Dieu , d’être appelés fils de Dieu par adoption. De même , dit-il , le Christ , dont la vie fut vertueuse et conforme à la volonté de Dieu , mérita d’être nommé fils de Dieu et il prétendit que le Christ n’exista pas avant la Bienheureuse Vierge , mais qu’il commença d’exister quand elle le conçut dans son sein.

    Ainsi Photin commit une double erreur. La première fut de ne pas affirmer « Le Christ est le vrai Fils de Dieu selon la nature » ; la seconde fut de dire « le Christ commença d’exister dans le temps , selon tout son être » , alors que notre foi affirme : Jésus est le Fils de Dieu par nature et il est éternel , conformément aux témoignages clairement exprimés dans la Sainte Ecriture.

  12. Contre la première erreur , en effet , l’Ecriture affirme : Le Christ n’est pas seulement Fils de Dieu , mais il est son Fils unique. Le Fils unique de Dieu , qui est dans le sein du Père , lui , a révélé Dieu , dit S. Jean ( Jn. 1 , 18 ). Et contre la seconde erreur Jésus-Christ lui-même a déclaré ( Jn. 8 , 58 ) : En vérité , en vérité , je vous le dis , avant qu’Abraham fût , je suis. Or , sans aucun doute possible , Abraham a existé avant la Bienheureuse Vierge. C’est pourquoi , les saints Pères , dans un autre symbole , contre la première erreur , ajoutèrent aux mots « Je crois en Jésus Christ » les paroles : le Fils unique de Dieu , et contre la seconde erreur : il est né du Père avant tous les siècles.

  13. Quant à Sabellius , s’il déclara « Le Christ fut antérieur à la Bienheureuse Vierge » , par contre il affirma « La personne du Père n’est pas différente de celle du Fils ; le Père lui-même s’est incarné ; c’est pourquoi la personne du Père et du Fils est la même ». Une telle doctrine , destructrice de la Trinité des personnes est erronée . Elle a contre elle cette parole de Jésus aux Pharisiens ( Jean 8 , 16 ) Je ne suis pas seul : il y a moi et celui qui m’a envoyé , le Père. Or , de toute évidence , personne ne peut être envoyé par lui-même. Donc Sabellius se trompe . C’est pourquoi le symbole des Pères ajoute au sujet de Jésus-Christ : nous devons le croire Dieu de Dieu , lumière de la lumière , c’est-à-dire Dieu Fils procédant de Dieu Père , et Fils qui est lumière , procédant du Père qui est lui-même lumière.

  14. Venons-en à Arius. S’il déclara : Le Christ fut antérieur à la Bienheureuse Vierge , et autre est la personne du Père , autre celle du Fils , toutefois il attribua au Christ trois choses contraires à la vérité selon lui , premièrement , le Fils de Dieu est une créature ; deuxièmement , il n’est pas éternel , mais à un moment du temps il a été créé par Dieu comme la plus noble des créatures ; troisièmement , Dieu le Fils ne possède pas la même nature que Dieu le Père , et ainsi il n’est pas vraiment Dieu.

    Une telle doctrine est également erronée et contraire aux témoignages de la Sainte Ecriture. On y lit en effet ces paroles du Seigneur Jésus ( Jn. 10 , 30 ) : Le Père et moi nous sommes un , évidemment par la nature ; c’est pourquoi , comme le Père a toujours existé , il en est de même du Fils ; et de même que le Père est le vrai Dieu , le Fils l’est également.

    Ç’est pourquoi , aux paroles d’Anus « le Christ fut une créature » les Pères opposent dans leur symbole ces autres paroles « il est vrai Dieu , procédant du vrai Dieu ». Et à l’erreur d’Anus « le Christ n’a pas été depuis l’éternité , mais il fut créé dans le temps » , ils opposèrent ces paroles « il a été engendré et non créé ». Enfin , contre cette autre erreur » le Christ n’est pas de la même substance que le Père » , ils ajoutèrent ces mots « il est consubstantiel au Père ».

  15. Comme nous venons de le montrer clairement , nous devons donc croire les vérités suivantes : Le Christ est le Fils unique de Dieu ; il est vraiment Fils de Dieu ; il a toujours été avec le Père ; autre est la personne du Père , autre la personne du Fils ; le Fils possède en commun avec le Père une même nature. Mais ces différentes vérités que nous croyons ici-bas par la foi , nous les connaîtrons dans la vie éternelle par une vision parfaite. Aussi pour notre consolation , allons-nous en dire maintenant quelque chose.

  16. Il faut savoir que les divers êtres ont des modes divers de génération. La génération en Dieu diffère de celle des autres êtres ; aussi ne pouvons-nous arriver à connaître ce qu’est la génération en Dieu qu’à l’aide de la génération chez les créatures qui sont le plus semblables à Dieu. Or rien n’est plus semblable à Dieu , comme nous l’avons dit , que l’âme humaine , et voici comment s’y opère une génération : l’homme pense par son âme quelque chose que nous appelons conception de l’intelligence , et cette conception provient de l’âme comme d’un père ; on l’appelle verbe ( c’est-à-dire parole ) de l’intelligence ou de l’homme. L’âme donc engendre son verbe en pensant. De même , le Fils de Dieu n’est rien d’autre que le Verbe de Dieu ; ce n’est pas un verbe , une parole proférée au dehors , parce que ce verbe extérieur passe , mais c’est un verbe , une parole , conçue au-dedans ; c’est pourquoi ce Verbe de Dieu est de même nature que Dieu et lui est égal.

    Le Bienheureux Apôtre S. Jean , en parlant du Verbe de Dieu , détruisit les hérésies que nous venons de rapporter. Premièrement il anéantit l’hérésie de Photin par ces paroles ( Jn. 1 , 1 ) : Au commencement était le Verbe. Deuxièmement , il ruine celle de Sabellius , en disant : Et le Verbe était auprès de Dieu. Troisièmement , il abat celle d’Anus , en ajoutant : Et le Verbe était Dieu.

  17. Mais le verbe , la parole n’est pas de la même manière en Dieu et en nous. En nous , notre parole en effet est un accident ; mais en Dieu , le Verbe de Dieu est la même réalité que Dieu lui-même , puisqu’il n’y a rien en Dieu qui ne soit l’essence de Dieu. Or nul ne peut dire : Dieu ne possède pas de Verbe ; car s’il en était ainsi , il serait sans nulle intelligence . C’est pourquoi , comme Dieu a toujours existé , il en est de même de son Verbe.

  18. Et comme l’artisan exécute tous ses ouvrages d’après le modèle qu’il a élaboré à l’avance dans son intelligence , modèle qui est son verbe pareillement , Dieu accomplit aussi toutes choses par son Verbe , qui est comme sa science , son art. Toutes choses , déclare saint Jean ( 1 , 3 ) furent faites par lui , le Verbe de Dieu.

  19. Si le Verbe de Dieu est Fils de Dieu , et si toutes les paroles de Dieu sont à la ressemblance de ce Verbe , nous avons , en premier lieu , le devoir d’écouter volontiers les paroles de Dieu. En effet , si nous écoutons avec plaisir ses paroles , c’est un signe que nous aimons Dieu.

  20. Nous devons , en second lieu , croire aux paroles de Dieu par cette foi . En effet , le Verbe de Dieu habite en nous , conformément à la parole de l’Apôtre ( Eph. 3 , 17 ) : Que le Christ , qui est le Verbe de Dieu , habite dans vos coeurs par la foi.
    Aussi le Seigneur déclare-t-il aux Pharisiens ( Jn. 5 , 38 ) : Le Verbe de Dieu ne demeure pas en vous.